Les Inséparables

Telle une mendiante convoite une magnifique rivière de diamant,
Beaucoup trop chère pour être, par elle, possédée,
Et beaucoup trop pure pour se poser sur son coeur, de possédée,
Il y un Bien que je convoite avidement.
Ce Bien, que j'imagine
Être, pour mon Coeur,
L'Ultime Bonheur,
Des gouffres de mon Malheur tire son origine.
À travers ses dédales, aussi nombreux que pernicieux, à ce Bien
S'attache, désespérément, orgueilleusement, mon Idéal;
Et rien ne peut, Ici-bas, pas même le Mal,
Desserrer leur étroit et incorruptible Lien.
Ce Bien, depuis fort longtemps, je l'attends :
Années après années, saisons après saisons, j'imagine
Et idéalise, trait par trait, sa radieuse Mine.
Depuis quand ? - je ne me souviens pas : beaucoup trop longtemps !
Ce Bien, quelque fois, me regarde et me sourit :
Mais hélas ! devant son regard abusivement ardent,
Et son sourire, dévoilant de blanches mais incisives dents,
Je m'enfuis, effrayée, comme devant le chat, la misérable souris.
Je le crains et le fuis, car devant Lui, je perds tous mes moyens :
Lorsqu'il approche furtivement pour me faire la cour,
Et me toise de ses yeux de velours, en déployant ses meilleurs atours,
Jusqu'au dernier ressort de mon Être, il devient l'Irrésistible Doyen.
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