Spectacle Digne du Moyen-Age
Aujourd'hui, mes yeux ont vu ce qu'en règle générale, ils ne voient, heureusement, que rarement. Ils ont été si choqués par le spectacle, que j'ai écrit ce poème pour dégager le sentiment de malaise provoqué par cet événement, pour ma part tragique. Image troublante que je devais exorciser pour ne pas qu'elle me hante.
La réalité à laquelle j'ai été confrontée, je la connais et me peine, lorsque j'y pense. Mais, là, qu'elle apparaisse devant moi ainsi aussi brutalement, cela est exceptionnel. J'ai dû, malencontreusement, constater, -de mes propres yeux et pas seulement en pensée-, les inhumaines et inacceptables conditions que vivent certaines personnes, abandonnées à elles-mêmes et à leur sort, malgré leur grande vulnérabilité, autant physique, psychique que psychologique. Et cela même, en plein hiver, sur le pavé glacé.
Oh ! là là ! pour un coeur comme le mien aux élans humanitaires, c'est vraiment pas rose de voir, les conséqences de certaines inégalités sociales aux odeurs moyenâgeuses, malgré tous les "progrès" que connaissent les sociétés occidentales et industrielles. Ça me fait vraiment rager de voir des gens souffrir des maux atroces, pendant que d'autres se goinfrent, insouciants, dans leurs palaces bien au chaud ( je dis bien palace, car je me place du côté du sans-abri). JE CROIRAI AU PROGRÈS QUE LORSQUE JE NE VERRAI PLUS DE TEL SPECTACLE DIGNE DU MOYEN-ÂGE. DE VRAIES HORREURS PRODUITES PAR LA SOCIÉTÉ DU DÉSHONNEUR ! JE NE RISQUE PAS DE VOIR ÇA DE MON VIVANT... TELLEMENT GOURMANDE, IL LUI FAUT BIEN QUELQUES ÂMES PERDUES, QUELQUES PROIES, À SE METTRE SOUS LA DENT. PAS ÉTONNANT, QUE JE SENTE SA MAUVAISE HALEINE, MÊME DE LOIN.
P.S. J'exprime mon indignation un peu crûment, mais comment exprimer un tel moment d'horreur sans sauter quelque peu les barrières de la convenance.
(le jeune mendiant, Murillo)
QUELLE HORREUR ! Ô QUELLE HORREUR !
TOUT À L'HEURE,
J'ALLAIS D'UN PAS LÉGER, D'UN PAS TRANQUILLE,
LE COEUR FÉBRILE, DANS LES RUES DE LA VILLE,
LA PENSÉE DISPERSÉE AUX QUATRE VENTS,
QUAND, SOUDAIN, J'APERÇOIS GISANT, DEVANT
MOI, SUR LE TROTTOIR, - Ô VIL DORTOIR ! -
UN CLOCHARD TREMBLANT COMME UN ANIMAL À L'ABATTOIR !
LE CIMENT FROID COMME OREILLER,
LES YEUX ÉCARQUILLÉS ET EFFRAYÉS :
LE CAUCHEMAR SE FRAYANT UN CHEMIN VERS LA RÉALITÉ,
DANS SON CORPS TRAVERSÉ DE CONVULSIONS ET ALITÉ.
JE FIXAIS SON VISAGE ÉCARLATE,
DE PEUR QU'IL N'ÉCLATE :
PRISE DE PANIQUE,
DANS L'INTERVALLE SPASMODIQUE.
DE VOIR CE RESTANT D'HOMME,
SEUL PRISONNIER DU CYCLONE,
M'A MISE DANS UNE COLÈRE NOIRE :
PENSANT, QUE MALGRÉ TOUS SES VASTES MANOIRS,
LA SOCIÉTÉ, PUISSE, LAISSER SANS ABRI,
COMME DE VULGAIRES DÉBRIS,
TOUS CES PAUVRES GENS, QUE LES LOIS DE LA CRÉANCE,
DÉFIGURENT, ET ENFONCENT DE PLUS BELLE DANS LA DÉCHÉANCE.
SA FÉTIDE ODEUR M'ÉCOEURE,
JUSQU'AU MAL DE COEUR !
OH ! MAIS QUELLE PUANTEUR !
ÇA ME SOULÈVE LE COEUR !
MÊME SI ELLE SE DOUCHAIT DES MILLIERS
DE FOIS; CHANGEAIT, CHAQUE JOUR, DE SOULIERS,
ET SE DISSIMULAIT SOUS DE MULTIPLES FRAGRANCES,
ELLE DÉGAGERAIT ENCORE UNE FORTE PESTILENCE,
CAR L'INFECTION, PROVIENT DE L'INTÉRIEUR.
LES MISÉREUX, EUX, EMPESTENT DE L'EXTÉRIEUR;
ILS POURRAIENT SE DÉCRASSER, SOIGNER LEUR PLAIES,
SE REMETTRE SUR PIEDS : SI, AU MOINS, LA SOCIÉTÉ LES AIDAIT !
"Le cri du pauvre monte jusqu'à Dieu mais il n'arrive pas à l'oreille de l'homme." Lamennais
"Les pauvresses, traînant leurs seins maigres et froids,
Soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts."
Baudelaire