La Chimère

Publié le par Tamara




ALEXANDRE SÉON


La Chimère a passé dans la ville où tout dort,

Et l'homme en tressaillant a bondi dans sa couche

Pour suivre le beau monstre à la démarche louche

Qui porte un ciel menteur dans ses larges yeux d'or.



Vieille mère, enfants, femme, il marche sur leurs corps...

Il va toujours, l'oeil fixe, insensible et farouche...

Le soir tombe... il arrive; et dès le seuil qu'il touche,

Ses pieds ont trébuché sur des têtes de morts.



Alors soudain la bête a bondi sur sa proie,

Et debout, et terrible, et rugissant de joie,

De ses griffes de fer, elle fouille, elle mord.



Mais l'homme dont le sang coule à flots sur cette terre,

Fixant toujours les yeux divins de la Chimère,

Meurt, la poitrine ouverte,

Et souriant encor.



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BAUDELAIRE


Ô le pauvre amoureux des pays chimériques !

Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,

Ce matelot ivrogne, inventeur d'Amériques

Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?



Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,

Rêve, le nez en l'air, de brillants paradis ;

Son oeil ensorcelé découvre une Capoue

Partout où la chandelle illumine un taudis.

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En rouvrant mes yeux pleins de flamme

J'ai vu l'horreur de mon taudis,

Et senti, rentrant dans mon âme,

La pointe des soucis maudits;


La pendule aux accents funèbres

Sonnait brutalement midi,

Et le ciel versait des ténèbres

Sur le triste monde engourdi.
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Publié dans Poèmes pêle-mêle

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