Hi Han !

Publié le par Tamara

Il s'éloigneront de toi avec mépris,

après t'avoir jugée bonne à rien,

après t'avoir traitée de membre inutile de la société,

Puis ils te condamneront à l'exil.

Poignez vilain, il vous oindra.

Ils traitent comme des chiens

Ceux qui cessent d'être fidèles comme des chiens.

Au fond, ils dédaignent ceux qui se donnent à eux :

Ils les outragent à la première occasion.

Ils n'ont de respect que pour ceux qui arrachent,

Qui les traitent comme des chiens,

Comme les chefs de pègre et les chefs de cabinet.

Je veux qu'ils me redoutent, me haïssent.

Asinus asinum fricat !

Comme il n'y a que les ânes que les ânes aiment,

Je serais une âne s'ils m'aimaient.

Réjean Ducharme, Océantume. ( image du haut de Goya)

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Publié dans Ducharme

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L
Je ne connaissais absolument pas se poème et cet auteur encore moins. Superbe texte et merci de m'avoir fait découvrir cet auteur de talant.
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T
Je vois que Minos se fait la meme refléxion que moi sur le fait que le Québec cache bien les talents qui s'y trouve. Merci Tamara de nous faire découvrir un auteur, qui pour moi, était jusque ici, inconnu au bataillon...Si tu en as d'autres à nous faire découvrir, je suis largement preneur.
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S
Je ne connaissais même pas son nom , à ce Réjean Ducharme, et pour cause, d'apres wikipedia, il vit dans le plus grand secret, refuse toute entrevue, et on ne connais que deux photos de lui.Difficile d'en savoir plus sur cet auteur (volontairement ?) coupé du monde.De plus ses mots me paraissent enveloppé d'un voile épais derrière lequel l'auteur se cache. Il semble qu'il ai trouvé son propre language, et qu'il ne parle qu'à lui même.Pour pénétrer son monde, il doit falloir lire plus que les extraits que tu nous propose (simple mise en appétit).Un fou, certainement ce Ducharme, au bon sens du terme, c'est à dire un être révolté contre la raison raisonnante et calculatrice, un fou comme un de ceux que décrit Louis-Ferdinand Celine ("Un fou, ce n'est que les idées ordinaires d'un homme, mais bien enfermées dans une tête. Le monde n'y passe pas, à travers sa tête, et ça suffit. ça devient comme un lac, sans rivière, une tête fermée, une infection.")Où bien quelqu'un qui n'a pas voulu grandir, conscient du gachis irrémédiable que constitue l'accès au monde adulte. <br /> Faudra-t-il toujours que des poètes atteignent un tel niveau de tragédie pour transmettre au bien-portants que nous sommes des émotions aussi fortes ?Pourquoi le monde de la folie nous touchent-il autant si ce n'est parce qu'il est en nous comme les racines de notre arbre de vie, et que même les fruits les plus raisonnables de cet arbre puisent dans ces racines accrochées au chaos.<br /> J'ai découvert Émile Nelligan chez Maja, et ici Réjean Ducharme, décidemment le Quebec cache bien ses trésors.<br />  
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T
 La forme minos, à ce que je lis !  :)<br />  <br /> <br /> À travers Iode, le personnage de l'Enfant révoltée, au langage bien à elle, on saisit, par fragments, un peu de la psychologie de l'auteur :<br />  <br /> <br /> Concernant le langage : "j'aurais horreur de sentir que la maîtresse pense qu'elle m'a appris quelque chose. J'exige qu'elle sente que j'exige qu'elle garde pour elle tout ce qu'elle a, qu'elle sente aigrement que je ne veux rien tenir d'elle, même pas la définition de l'article simple"<br />  <br /> <br /> Concernant son isolement...volontaire :  "Je me suis érigée en république autocratique. Je ne reconnais à personne le droit de me faire la loi, de me taxer, de m'assigner à un pays et de m'interdire les autres. Je suis celle par laquelle aucun grand n'échappera à la défenestration. Je me moque des vertus supposées et des supposés pouvoirs de toutes les constitutions, de tous les parlements, de toutes les chambres, de tous les ministres et de tous les sergents de police." <br />  <br /> <br /> "On a tous les droits quand on a déclaré la guerre à tous les rois"<br />  <br /> <br /> Pour ce qui est de la folie : " Le monde appelle fous ceux qui ne sont pas fous de la Folie commune" Mme Roland (aucune idée qui sait celle-là ! lol lol)<br />  <br /> <br /> La Folie, c'est le doute de la raison. (À peu près ça,  je pense). <br /> <br /> <br /> <br /> On peut dire que Ducharme est un fou dans ce cas-là ! et que j’aime m'asseoir au pied de son arbre, dont les racines puisent au plus profond de sa propre folie, et croquer dans ses fruits qui peuvent sembler incohérents et incompréhensibles, pour un esprit bien portant (fou de la folie commune), mais pour celui qui ne cherche pas à comprendre son langage mais qu’à croquer, mâcher, et qui ne craint pas de les avaler, une fois digérés, assimilés, sont les plus raisonnables et cohérents qui soient car ils puisent dans les racines de notre propre chaos. Ça pas trop de sens tout ça mais on s’en fiche. <br /> Puisons au coeur de notre Folie notre propre cohérence, notre langage propre.    <br /> <br />