La Reine des muses : l'Imagination
Il y a, dans toute imagination, quelque chose qui, forcément, fascine, intrigue la nôtre et l'attire vers elle. Et, il y en a certaines, plus rares, dont le feu, l'éblouit, l'hypnotise, et l'attise. Il y en a une que j'apprécie particulièrement, et à qui je dédie cet article. Celui dont je parle se reconnaîtra certainement si je lui dis que lorsqu'il fredonne des paroles à mon oreille, sa voix en moi résonne... comme le triton.
Parce que "tout le bonheur de l'homme est dans son imagination", qu'elle est la Reine des muses, et pour employer le vocable cher à Baudelaire, "la Reine des facultés", je propose une lecture qui j'espère fera votre bonheur, comme elle a fait le mien... : * J'ai choisi quelques extraits, pour la prose complète, vous n'avez qu'à cliquer sur le lien.
Baudelaire, La Reine des facultés :
"À ces doctrinaires si satisfaits de la nature un homme imaginatif aurait certainement eu le droit de répondre : « Je trouve inutile et fastidieux de représenter ce qui est, parce que rien de ce qui est ne me satisfait. La nature est laide, et je préfère les monstres de ma fantaisie à la trivialité positive. »
"Elle a créé, au commencement du monde, l'analogie et la métaphore. Elle décompose toute la création, et, avec les matériaux amassés et disposés suivant des règles dont on ne peut trouver l'origine que dans le plus profond de l'âme, elle crée un monde nouveau, elle produit la sensation du neuf. Comme elle a créé le monde (on peut bien dire cela, je crois, même dans un sens religieux), il est juste qu'elle le gouverne. Que dit-on d'un guerrier sans imagination ? Qu'il peut faire un excellent soldat, mais que, s'il commande des armées, il ne fera pas de conquêtes."
"Sans elle, toutes les facultés, si solides ou si aiguisées qu'elles soient, sont comme si elles n'étaient pas, tandis que la faiblesse de quelques facultés secondaires, excitées par une imagination vigoureuse, est un malheur secondaire. Aucune ne peut se passer d'elle, et elle peut suppléer quelques-unes."
