BOOM !

Publié le par Tamara

...BOOM !...BOOM !... BOOM !...
BOOM ! ET BOOM !
(ben quoi ? je n'ai que 6 cartouches)

TIRER

OU OUH OUH OUH

NE PAS TIRER ?
 
LAISSER ÊTRE

OU OUH OUH OUH
 

NE PAS LAISSER ÊTRE ?
 


??? VOILÀ
LA QUESTION ???

HO! HO ! OH... HEY !
(à vous de tirer l'énigme)

" Vous serez curieux de savoir, je suppose,
ce que peut être un homme qui n'aime pas les hommes.

Eh bien, c’est moi, et je les aime si peu
que je vais tout à l'heure en tuer une demi-douzaine;
peut-être vous demanderez-vous :
pourquoi seulement une demi-douzaine ?
Parce que mon revolver n'a que six cartouches.


Voilà une monstruosité, n'est-ce pas ?
Et, de plus, un acte proprement impolitique ?
Mais je vous dis que je ne peux pas les aimer.
Je comprends fort bien ce que vous ressentez.


Mais ce qui vous attire en eux me dégoûte.
J'ai vu comme vous des hommes mastiquer avec mesure
en gardant l’œil pertinent,
en feuilletant de la main gauche une revue économique.
Est-ce ma faute si je préfère
assister au repas des phoques
?


L'HOMME NE PEUT RIEN
FAIRE DE SON VISAGE

SANS QUE ÇA TOURNE
AU JEU DE PHYSIONOMIE.

Quand il mâche en gardant la bouche close,
Les coins de sa bouche montent et descendent,
il a l'air de passer sans relâche
de la sérénité à la surprise pleurarde.
Vous aimez ça, je le sais, vous appelez ça
LA VIGILANCE DE L'ESPRIT.

Mais moi ça m'écœure :

je ne sais pas pourquoi;

JE SUIS NÉ AINSI.


Homme-tronc.jpg
"il n'y a pas que l'odorat qui est sous-développé
chez l'homme civilisé par le capitalisme"

Lire article La poésie, pour quoi faire ?
par Barthélémy Schwartz ici


" S'il n'y avait entre nous qu'une différence de goût,
je ne vous importunerais pas.

Mais tout se passe comme si vous aviez
la grâce et que je ne l'aie point.

Je suis libre d'aimer ou non le homard à l'américaine,
mais si je n'aime pas les hommes,

je suis un misérable et je ne puis trouver de place au soleil.

Ils ont accaparé le sens de la vie.
J’espère que vous comprenez ce que je veux dire.
Voilà trente-trois ans que je me heurte à des portes closes
au-dessus desquelles on a écrit :
" NUL N'ENTRE ICI S'IL N'EST HUMANISTE. "

Tout ce que j’ai entrepris j'ai dû l'abandonner;

il fallait choisir : ou bien c'était
une tentative absurde et condamnée
ou bien il fallait qu'elle tournât tôt ou tard à leur profit.

Les pensées que je ne leur destinais pas expressément,

je n'arrivais pas à les détacher de moi, à les formuler :
elles demeuraient en moi comme de légers mouvements organiques.
Les outils mêmes dont je me servais,
je sentais qu'ils étaient à eux; les mots par exemple :

J'AURAIS VOULU DES MOTS À MOI.
Mais ceux dont je dispose ont traîné
dans je ne sais combien de conscience;
ils s'arrangent tout seuls dans ma tête
en vertu d'habitudes qu'ils ont prises chez les autres
et ça n'est pas sans répugnance
que je les utilise en vous écrivant.

Mais c'est pour la dernière fois. Je vous le dis :
il faut aimer les hommes ou bien c'est tout juste
s'ils vous permettent de bricoler.

Eh bien, moi, je ne veux pas bricoler.


Je vais prendre, tout à l'heure, mon revolver,
je descendrai dans la rue

et je verrai si l'on peut réussir
quelque chose contre eux.

Adieu, monsieur, peut-être est-ce vous
que je vais rencontrer.
Vous ne saurez jamais alors avec quel plaisir
je vous ferai sauter la cervelle.

Sinon - et c'est le cas le plus probable -
lisez les journaux de demain.

Vous y verrez qu'un individu
nommé Paul Hilbert a descendu,

dans une crise de fureur,
cinq passants sur le boulevard Edgar-Quinet

vous savez mieux que personne
ce que vaut la prose des grands quotidiens.

Vous comprendrez donc que je ne suis pas " furieux ".
Je suis très calme au contraire et je vous prie d'accepter,
Monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.

" Paul HILBERT. " 
pour lire Erostrate de J-P Sartre au complet : ici
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Publié dans Lecture

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A
Je ne connaissais ce Sartre là...mais peut-on tout connaitre?
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C
Merci pour la référence Tamara.. ça donne envie de le lire ;)
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T
Je tire                                             je me tireJe tire                                          je me tire je tire                                         je me tireVoilà pour l'indice
T
"Le langage humain est asservissant, l'antihumaniste aurait préféré des mots à lui, Il veut nier le langage... même si c'est dans une lettre.""Paul Hibert est donc le parfait contraire de cet humanisme consolateur et contraignant.- il préfère la vérité du meurtre au mensonge humaniste.- il préfère la liberté du meurtre à la contrainte humaine- il préfère l'acte inhumain à la parole humaine - il préfère l'irrationnalité de son meurtre à la raison humaine- il préfère la puissance animale à la faiblesse d'être homme.Bien qu'absurde, l'antihumanisme de Paul Hilbert est d'une logique implacable... et peut-être impossible. La finale de cette nouvelle de Sartre montre Hilbert incapable de mener à terme aussi bien son acte meurtrier que son propre suicide. PAUL HILBERT NE RENCONTRE QUE LE MUR DE SA PROPRE FAIBLESSE HUMAINE."Obsédé par un complexe d'infériorité et de persécution qui lui fait haïr le genre humain, Paul Hilbert veut se venger des hommes. Il décide alors d'accomplir "l'acte surréaliste le plus simple", c-à-d tuer des passants dans la rue, au hasard et sans raison. Après avoir humilié une prostituée, après avoir envoyé une lettre de mépris à des écrivains, après avoir abandonné son emploi.Paul Hilbert doit enfin passer à l'action. Son action nihiliste n'obtient cependant pas le succès escompté..."
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