À une Madone

Publié le par Tamara

ã Marie Thérèse DE LA COSTE, Lumière dans la mersite perso
EX-VOTO DANS LE GOÛT ESPAGNOL,
Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,

Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon cœur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée.
Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal
Savamment constellé de rimes de cristal,
Je ferai pour ta tête une énorme Couronne;
Et dans ma Jalousie, ô mortelle Madone,
Je saurai te tailler un Manteau, de façon
Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon,
Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ;
Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes !
Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant,
Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend,
Aux pointes se balance, aux vallons se repose,
Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose.
Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers
De satin, par tes pieds divins humiliés,
Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte,
Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte.
Si je ne puis, malgré tout mon art diligent,
Pour Marchepied tailler une Lune d'argent,
Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles
Sous tes talons, afin que tu foules et railles,
Reine victorieuse et féconde en rachats,
Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats.
Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges
Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges,
Etoilant de reflets le plafond peint en bleu,
Te regarder toujours avec des yeux de feu ;
Et comme tout en moi te chérit et t'admire,
Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe,
Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux,
En Vapeurs montera mon Esprit orageux.

Enfin, pour compléter ton rôle de Marie,
Et pour mêler l'amour avec la barbarie,
volupté noire ! des sept Péchés capitaux,
Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux
Bien affilés, et, comme un jongleur insensible,
Prenant le plus profond de ton amour pour cible,
Je les planterai tous dans ton Cœur pantelant,
Dans ton Cœur sanglotant, dans ton Cœur ruisselant
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Publié dans Baudelaire

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S
Je suis en train de préparer un billet sur Baudelaire est je suis tombé sur ce poème qui me ramène ici.Voici ce que j'en ai appris:Baudelaire, déjà amant de Jeanne Duval, s'épris de Madame Sabatier, une célébrité mondaine de l’époque. Baudelaire la considera comme son ange gardien et lui adressa de nombreux poèmes. Dans son salon elle reçut des artistes de renom. Parmi eux Gustave Flaubert, Baudelaire et Théophile Gautier.Au sein du recueil Les Fleurs du Mal, on distingue un cycle « Madame Sabatier », dont les poèmes A une Madone, Tout entière, Que diras-tu ce soir, Confession, Le Flambeau Vivant, Réversibilité, L’Aube Spirituelle et Harmonie du Soir.Dans le poème A Celle qui est trop Gaie, Baudelaire suggèra à sa muse de lui infuser son venin… La pièce fut condamnée pour outrage aux bonnes mœurs lors du procès des Fleurs du Mal le 20 août 1857. Puis le 30 août 1857, ils devinrent amants, mais le poète se désintéressa peu à peu de Madame Sabatier: «Il y a quelques jours, tu étais une divinité, ce qui est si commode, ce qui est si beau, si inviolable. Te voilà femme maintenant... » <br /> Avec tous ces détails tu as des indices pour deviner quel sera le theme de ce billet: ça va encore faire hurler les féministes, mais maintenant j'ai l'habitude ( ya pas les émoticones pour dire que je plaisante ici, ben j'suis pas dans la m....., moi. Ah si: :0036: :0036: :0036: )très beau poème en tous cas.<br />  
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T
Je réponds, et sans hurler, à Baudelaire et à tous les hommes qui traitent les femmes de divinité, en bonne féministe, ceci : je suis femme et t'être commode me répugne et me répulse. Je suis femme et pas une de ses divinités fabriquées par la confrérie des bêtes à (trois) cornes, pour satisfaire à leurs fantasmes et au moindre de leurs désirs et rabaisser la femme en la comparant à leurs inviolables divinités, pas si inviolables que ça en fait.   <br /> Plutôt être repoussante, malcommode et même la pire des garces, qu'une de vos divinités plastiques scupltées par vos mains d'australopithèques. II y a bien quelques statues là au coin de la rue sur lesquelles assouvir vos fatasmes, vous frotter et projeter votre venin. <br /> <br /> Bon débarras. Il y en aura toujours un autre pour inoculer son venin nous faire dire à nous, femmes : Il y a quelques minutes, tu étais une divinité, si commode à mon plaisir, si violable. Te voilà homme maintenant...<br />      <br /> J'ai pas d'émoticones mais tu auras sûrement deviné que je plaisante ! <br /> La madone.<br /> p.s : Ah ! j'oubliais l'essentiel : "Les hommes passent à travers l'histoire par le ventre des femmes" heureusement que nous ne sommes pas inviolables !
L
Superbe poème de Baudelaire, ton choix est excellent. Je viens (enfin hier) moi aussi de mettre deux poème de ce poème plus que reconnu dont l'éloge n'est plus à faire :Benediction.L'ALBATROSJ'ai également mis sa biographie :Biographie   sa bibliographie :bibliographie  et un indexe de tout ses poèmes :Indexe des poèmes
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T
Beau travail Lémuria... :)
T
Magnifique ce texte mais il va falloir, une nouvelle lecture pour moi parce que je suis pas certain d'en saisir completement le sens. La derniere strophe est un pur chef d'oeuvre, sombre et dramatique.
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T
Moi aussi je le lis et relis... à genou devant Baudelaire, les mains jointes en bonne Madone ! lol