Civilisation... barbare ?!?

Publié le par Tamara


Ce que les hommes appellent civilisation, c'est l'état actuel des moeurs et ce qu'ils appellent barbarie, ce sont les états antérieurs. Les moeurs présentes, on les appellera barbares quand elles seront des moeurs passées.

(Anatole France, sur la pierre blanche).



[...] eh bien, qu'affirmer, par exemple, à la suite de Buckle, que l'homme s'adoucit avec la civilisation et que, par conséquent, i
l devient moins sanguinaire et moins capable de faire la guerre. La logique veut que ça paraisse vrai. Mais l'homme est à ce point esclave de son système et de ses conclusions abstraites qu'il est prêt, en toute conscience, à déformer la vérité, prêt à ne plus rien voir, à ne plus rien entendre, du moment qu'il justifie mieux cette logique.

Voilà pourquoi je prends ça en exemple, c'est un exemple trop frappant.  Regardez autour de vous : le sang coule à grands flots, et d'une façon tellement joyeuse, encore, on dirait du champagne.  Et c'est cela, notre XIXe siècle dont Buckle fut le contemporain. Regardez Napoléon le Grand, et celui d'aujourd'hui. Regardez l'Amérique du Nord - cette union perpétuelle. Regardez, enfin, cette caricature qu'est le Schleswig-Holstein... (aucune idée de ce que c'est... si vous le savez dites-le moi !...) Qu'est-ce donc qu'elle adoucit en nous, la civilisation ? Tout ce que fait la civilisation, c'est qu'elle amène à une plus grande complexité de sensations... absolument rien d'autre.

Je parie même que,  cette complexité se développant, elle peut aller au point où elle nous fera découvrir des plaisirs jusque dans le sang. Cela s'est déjà produit. Avez-vous remarqué que les buveurs de sang les plus raffinés furent presque tous les hommes les plus civilisés qui soient, même si les Attila et les Stenka Razine ne leur arrivaient à la cheville, parfois, et que, s'ils sont peut-être moins visibles qu'Attila et que Stenka Razine, c'est simplement qu'ils sont devenus communs, trop ordinaires, qu'ils sont rentrés dans le rang ?

La civilisation, si elle n'a pas rendu les hommes plus sanguinaires, a conféré à cette cruauté quelque chose de plus sale, de plus odieux. Avant, les hommes voyaient dans le meurtre un acte de justice, ils étripaient donc qui ils devaient sans remords de conscience : maintenant, nous avons beau savoir que le meutre est une saloperie, nous la pratiquons de plus belle, cette saloperie, et encore plus qu'avant. Qu'est-ce qui est pire ? - A vous de décider.


À suivre...
Publicité

Publié dans Dostoievski

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
Bonjour je découvre ton blog a partir de ton fil méme si je n'y ai pas parler mais vraiment je regrette pas car ton site et superbe et j'aime bcp ta verve sur la civilisation! à bientot
Répondre
T
Merci visiteurd'ailleurs d'être venu versmonailleurs. J'en ai bien d'autres verves de côté mais je les réserve pour moi... sinon je n'en finirais plus de "verviférér" ;) <br /> Bientôt j'irai de monailleurs vers tonailleurs :)        
K
très pertinente cette définition de la civilisation ...
Répondre
A
a la lueur de tout ceci que pouvons-nous dire d'autre que la barbarie s'est civilisée... je veux dire par là qu'elle a pris civilisation. La barbarie a su profiter rapidement du progrès technique, elle progresse avec lui main dans la main...
Répondre
T
Excellente analyse, je vois que tu n'as pas perdu ton sens de la rhétorique et cette tournure d'esprit bien à toi, qui font tout ton charme. Tu résumes en quelques mots l'ensemble des idées rapportées ici... c'est tout en ton honneur. :)    
S
D'où vient ma citation ? je serai bien incapable de te le dire, j'ai du la trouver dans une revue littéraire il y a bien longtemps, puis je l'ai noté dans un de ces cahiers d'adolescent dans lesquels je collectait toutes les phrases qui me faisaient vibrer. Oui, l'histoire de l'homme à de quoi nous faire réfléchir et comme c'est une tâche qui me dépasse et que je n'ai pas envie de passer chez le psychanaliste, je me contente d'essayer d'en comprendre trois. mais peut-être aurait-je du choisir un autre échantillon plus représentatif de l'espèce humaine.Magré tout je reste un indéfectible optimiste. Comme je te l'ai déjà dit, "il faut imaginer Sisyphe heureux"Mes trois lascars sont également et paradoxalement une source de joie quotidienne puisque:"tout le bonheur de l'homme est dans son imagination" (Sade), "nous avons l’art afin que la vérité ne nous tue pas" (F.Nietzsche).Pour Artaud j'avoue avoir un peu de mal à lui trouver un mot qui le rattrape, mais c'est normal, ne disait-il pas: "Avec moi c'est l'absolu ou rien".C'est pour cela que c'est un peu mon chouchou, le cancre de la classe à qui il faut prêter un plus d'attention.<br /> bien à toi et merci d'exister.
Répondre
T
Dostoievski est un intérêt parmi tant d'autres ( même si j'ai pour lui un net penchant)... Quand, je suis lasse de son humeur plutôt maussade, je vais voir ailleurs, mais je reviens toujours après quelques escapades : à mes heures infidèle, mais revenant toujours vers mon premier grand béguin...   <br /> Je ne peux m'empêcher de papillonner d'un auteur à l'autre... dont les pensées se trouvent parfois aux antipodes l'une de l'autre. Pour moi, amante insatiable, elles ont chacune des charmes qui m'attirent...et auxquels je ne peux résisiter !<br /> La poésie : un Art qui permet de transmettre des vérités, avec une touche de subtilité, de légèreté qui fait toute sa beauté. Elle rend moins lourd à porter le poids de la vérité.  <br /> Merci d'exister, de même, et pour tes coms, source de plaisir et d'inpiration :)
S
Le brave Fedor a malheureusement raison: la barbarie n'a jamais fait que progresser, même si nous appelons ça "progrès" ou "civilisation" . Les armes de destruction massives sont plus récentes que l'épée ou le sabre, et les systèmes de surveillance généralisée succèdent aux cachots.Je retrouve cette cruelle lucidité dans une citation du même auteur (une des rares que je connaisse de lui):"Le soleil se léve; regardez-le: ne dirait-on pas qu'il est mort ? Tout est mort, il n'y a partout que des morts; l'homme est seul, autour de lui tout fait silence, voilà ce que c'est que la terre... Tout disparaîtra sans laisser traces ni souvenirs.<br /> pas très optimiste, le Fedor.
Répondre
T
Celle-ci ne faisait pas partie de toutes celles que je connais... et je te remercie pour ce religieux frisson. Le soleil vu de cet angle paraît beaucoup moins chaleureux, tout d'un coup ! Étrange impression qu'il dégage moins de chaleur, qu'il se glace le temps de lire cette citation... Curieuse de savoir de quel roman elle est tirée ? Et oui, les avancées technologiques, joujou dans les mains de cet éternel adolescent qu'est l'être humain et  qui a bien du mal  à passer de la puberté à l'âge adulte... y arrivera-t-il ? à la condition qu'il ne se fasse pas sauter lui-même quelques siècles avant... et boom ! Bye Bye à tous ses efforts, souvent sanglants, toutes ses souffrances de jeune pubère... bref, à toutes ses tentatives maladroites pour devenir un jeune adulte... Il est d'un réalisme contagieux, ce Fedor, avec lui pas besoin d'inventer des horreurs, il les puise à même la civilisation, le plus vertigineux et "vestigieux" musée des horreurs. Je dois admettre que j'ai un certain penchant vers la morbidité lol La preuve : je me prends souvent à réféchir à l'histoire de l'humanité, cette répétition de massacres, de catastrophes, de lutte de classes, de relations dominants et dominés, de, de, de, ... Aurai-je des tendances vers le masochisme, faudrait que je discute de cela avec mon psychanalyste !?... ce goût ne peut qu'être congénital ! lol