Étonnante Mutation... des peuples.
Une habitude idiote qu'ont les peuples, c'est d'attribuer au roi ce qu'ils font.
Ils se battent. À qui la gloire ? au roi. Ils paient. Qui est magnifique ? le roi.
Et le peuple l'aime d'être si riche.
Le roi reçoit des pauvres un écu et rend aux pauvres un liard.
Qu'il est généreux ! Le colosse piédestal contemple le pygmée fardeau.
Que myrmidon est grand ! Il est sur mon dos !
Un nain a un excellent moyen d'être plus haut qu'un géant, c'est de se jucher sur ses épaules. Mais que le géant laisse faire, c'est là le singulier;
et qu'il admire la grandeur du nain, c'est là le bête. Naïveté humaine.
La statue équestre, réservée aux rois seuls, figure très bien la royauté ;
le cheval, c'est le peuple. Seulement ce cheval se transfigure lentement.
Au commencement c'est un âne, à la fin c'est un lion.
Alors il jette par terre son cavalier, et l'on a 1642 en Angleterre et 1789 en France, et quelquefois il dévore, et l'on a en Angleterre 1649 et en France 1793.

Que le lion puisse devenir baudet,
cela étonne, mais cela est.
Extrait de l'Homme qui rit de Victor Hugo.