Délirer ou, ou, périr ?
Joueurs de cartes, Alexandre Martin «Pour nous, la leçon est claire : c’est lorsque apparaît le désir d’anéantissement, au moment où le sujet aspire au zéro que le dédoublement salvateur s’opère : il devient deux. La fragilité de l’unité menacée, crée sa réplique comme un remède - fût-il empoisonné - au désespoir.
Freud avait compris que le délire est déjà une tentative de restitution, une néo-réalité qui apparaît au moment où le monde semble s’effondrer. Le dilemme est ici mourir ou délirer. Délirer permet d’espérer et de survivre. »
Le Double, préface, ANDRÉ GREEN, folio classique.
L’éloge de la folie, ERASME
« Je ne vois pas pourquoi ils appellent un malheur être né tel », à moins d’être homme et malheureux. Les animaux ne sont pas constitués pour être malheureux très longtemps. On ne peut être malheureux très longtemps. Et quand les hommes atteignent un certain point de malheur, plus rien ne peut plus les sauver, même pas, toi, oh Sage Folie ! Et si tu les sauves, la plupart du temps, c’est pour les laisser dans un état tel que l’on préfèrerait que tu les laisses périr. Ce serait, pour certains, beaucoup plus heureux de partir pour l’autre monde que d’être enfermé dans le tien, oh Sage Folie !
Voilà pourquoi, il est malheureux d’être malheureux, car il faut nier son malheur, alors même que, ce malheur rend malheureux. Mais qui peut vivre son malheur sans en prendre part. De quoi devenir fou. N’est-ce pas malheureux, pour l’homme, d’être confronté à sa condition malheureuse sans pouvoir exprimer son malheur, sans devenir fou la majorité du temps. En ce sens, la Folie fait le malheur de l’homme, car, plutôt que de se conformer à ce qui a de malheureux en l’homme, elle nie son malheur, et le pousse ainsi vers son état le plus malheureux : la folie.
Reste donc à savoir s’il vaut mieux délirer ou mourir ? Laissons le fou juger de cela. Quelle ironie ! comme si le fou, le vrai, le malheureux fou, pouvait juger de quoi que ce soit. Comme s’il pouvait jouer les bonnes cartes, même avec les bonnes cartes en main.
Tamara
L’idiot, DOSTOÏEVSKI
ON JUGE
DE LA FOLIE
POUR SES EFFETS
INDÉSIRABLES,
COMME DE RAISON.
MAIS QUI PEUT
TRANCHER DE
SA DÉSIRABILITÉ
SINON
CELUI-LÀ MÊME
QUI EN EST
AFFECTÉE.
IL N’Y A QUE LE FOU
QUI PUISSE TRANCHER
PAR SON JUGEMENT
EN QUOI
SA FOLIE EST
DÉSIRABLE
EN QUOI
SA FOLIE
NE L’EST PAS.
IL N’Y A QUE
LE JUGEMENT ALTÉRÉ
QUI PUISSE RÉPONDRE
DE SA PROPRE ALTÉRATION.
N’EST-CE PAS
MALHEUREUX ?
N’EST-CE PAS LÀ
UNE IRONIE DU SORT ?
UNE AUTRE SALOPERIE
DE CETTE NATURE,
QUI NE PREND PAS EN
CONSIDÉRATION
LA NATURE HUMAINE ?
ON DEVRAIT LUI COLLER
UN PROCÈS SUR LE DOS,
À CELLE-LÀ
POUR CES CRIMES DE GUERRE
CONTRE LA CONSCIENCE
HUMAINE,
QUI SE PORTE
COMME ELLE SE PORTE
VU L’ÉTAT OÙ SE TROUVE
SA RÉSERVE DE DÉFENSES
CONTRE SA PROPRE NATURE
« « On fa fous locher aux frais de l’État, avec chauffage, mit Licht und Bedienung, dont fous êtes intigne! » fut la réponse, sévère et terrible comme une sentence, de Christian Ivanovitch.
Notre héros poussa un cri et se prit la tête à deux mains… Hélas ! C’était bien ce qu’il avait pressenti depuis longtemps ! »
Le Double, DOSTOÏEVSKI