Suicide logique (fin)

Publié le par Tamara

undefinedL'Homme de Douleurs

L’HOMME VIT PLUS D’AFFIRMATION
QUE DE PAIN V.H.


KIRILOV : personnage des Possédés


Ainsi les romans, comme le Journal, posent la question absurde. Ils instaurent la logique jusqu’à la mort, l’exaltation, la liberté « terrible », la gloire des tzars devenue humaine. 

TOUT EST BIEN,

TOUT EST PERMIS

ET RIEN N’EST DÉTESTABLE

CE SONT DES JUGEMENTS ABSURDES.

 

Mais quelle prodigieuse création que celles ou ces êtres de feu et de glace nous semblent si familiers ! Le monde passionné de l’indifférence qui gronde en leur cœur ne nous semble en rien monstrueux. Nous y retrouvons nos angoisses quotidiennes. Et personne sans doute comme Dostoïevski n’a su donner au monde absurde des prestiges si proches et si torturants.

 

Pourtant quelle est sa conclusion ? Deux situations montreront le renversement métaphysique complet qui mène l’écrivain à d’autres révélations. Le raisonnement du suicidé logique ayant provoqué quelques protestations des critiques, Dostoïevski dans les livraisons suivantes du Journal développe sa position et conclut ainsi : « Si la foi en l’immortalité est si nécessaire à l’être humain (que sans elle il en vienne a se tuer) c’est donc qu’elle est l’état normal de l’humanité. Puisqu’il en est ainsi, l’immortalité de l’âme humaine existe sans aucun doute. » D’autre part, dans les dernières pages de son dernier roman, au terme de ce gigantesque combat avec Dieu, des enfants demandent à Aliocha : « Karamazov, est-ce vrai ce qui dit la religion, que nous ressusciterons d’entre les morts, que nous nous reverrons les uns les autres ? » Et Aliocha répond : « Certes, nous nous reverrons, nous nous raconterons joyeusement tout ce qui s’est passé. »

Ainsi Kirilov, Stavroguine et Ivan sont vaincus. Les Karamazov répondent aux Possédés. Et il s’agit bien d’une conclusion. Le cas d’Aliocha n’est pas ambigu comme celui du prince Muichkine. Malade, ce dernier vit dans un perpétuel présent, nuancé de sourires et d’indifférence et cet état bienheureux pourrait être la vie éternelle dont parle le prince. Au contraire, Aliocha le dit bien : « Nous nous retrouverons. » Il n’est plus question de suicide et de folie. À quoi bon, pour qui est sûr de l’immortalité et de ses joies ? L’homme fait l’échange de sa divinité contre le bonheur. « Nous nous raconterons joyeusement tout ce qui s’est passé. » Ainsi encore, le pistolet de Kirilov a claqué quelque part en Russie,

 

MAIS LE MONDE A CONTINUÉ

DE ROULER SES AVEUGLES ESPOIRS.

LES HOMMES N’ONT PAS COMPRIS « CELA ».

Ce n’est donc pas un romancier absurde qui nous parle, mais un romancier existentiel. Ici encore le saut est émouvant, donne sa grandeur à l’art qui l’inspire. C’est une adhésion touchante, pétrie de doutes, incertaine et ardente. Parlant des Karamazov. Dostoïevski écrivait : « La question principale qui sera poursuivie dans toutes les parties de ce livre est celle même dont j’ai souffert consciemment ou inconsciemment toute ma vie : l’existence de Dieu. » Il est difficile de croire qu’un roman ait suffi à transformer en certitude joyeuse la souffrance de toute une vie. Un commentateur le remarque à juste titre : Dostoïevski a partie liée avec Ivan – et les chapitres affirmatifs des Karamazov lui ont demandé trois mois d’efforts, tandis que ce qu’il appelait « les blasphèmes » ont été composés en trois semaines, dans l’exaltation.

Il n’est pas un de ses personnages qui ne porte cette écharde dans la chair, qui ne l’irrite ou qui n’y cherche un remède dans la sensation ou l’immortalité. Restons en tout cas sur ce doute. Voici une œuvre où, dans un clair-obscur plus saisissant que la lumière du jour, nous pouvons saisir la lutte de l’homme contre ses espérances. Arrivé au terme, le créateur choisit contre ses personnages. Cette contradiction nous permet d’introduire une nuance.

 

CE N’EST PAS D’UNE ŒUVRE ABSURDE

QU’IL S’AGIT ICI

MAIS D’UNE ŒUVRE

QUI POSE LE PROBLÈME ABSURDE.

 

La réponse de Dostoïevski est l’humiliation, la « honte » selon Stavroguine. Une œuvre absurde au contraire ne fournit pas de réponse, voilà toute la différence. (voir excellente critique, à la fin de ce même article, que fait Dan Leutenneger de cette "réponse" selon Camus qui en était sûrement pas une aux yeux Dostoïevski). Notons-le bien pour terminer : ce qui contredit l’absurde dans cette œuvre, ce n’est pas son caractère chrétien, c’est l’annonce qu’elle fait de la vie future. On peut être chrétien et absurde. Il y a des exemple de chrétiens qui ne croient pas à la vie future. À propos de l’œuvre d’art, il serait donc possible de préciser une des directions de l’analyse absurde qu’on a pu pressentir dans les pages précédentes. Elle conduit à poser « l’absurdité de l’Évangile ». Elle éclaire cette idée, féconde en rebondissements, que

LES CONVICTIONS

N’EMPÊCHENT PAS

L’INCRÉDULITÉ.

 

On voit bien au contraire que l’auteur des Possédés, familier de ces chemins, a pris pour finir une voie toute différente. La surprenante réponse du créateur de ses personnages, de Dostoïevski à Kirilov peut en effet se résumer ainsi :


L’EXISTENCE EST MENSONGÈRE

ET

ELLE EST ÉTERNELLE


ALBERT CAMUS, Le mythe de sisyphe,

La création absurde, Kirilov, extrait.

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Méfions-nous d’une prise de conscience trop rapide,
nous ne pouvons courir plus vite que le rocher
qui nous réduirait en bouillie.
Absurde, non ?...

Les passionnants romans de Dostoïevski illustrent parfaitement l’absurdité de notre condition. Auteur existentialiste, il donne vie à des personnages qui s’interrogent sans cesse sur le sens de leur existence. Concernant le suicide, un exemple frappant : Kirilov dans « Les Possédés ». Cet homme désire se donner la mort parce que « c’est son idée ». Il croit en la nécessité de Dieu, cependant il a bien conscience qu’Il n’existe pas.

Cette contradiction le conduit droit au suicide, un suicide parfaitement lucide, un suicide de révolte pour faire face à l’absurde. Voilà pourquoi Camus préfère ranger cet auteur de « Crimes et châtiments » du côté des auteurs existentialistes,

« LA LUTTE DE L'HOMME
CONTRE SES ESPÉRANCES »
.


Ainsi, bien que posant le problème de l’absurde, Dostoïevski ne propose aucune fin… ce n’est pas réellement une « réponse » que de proposer l’humiliation ou la honte comme solution !
 

L’auteur a certainement conscience que ces deux sentiments sont vains…

 

N’EST-CE PAS EMPRUNTER

LES COULOIRS

DE L’ABSURDE ?...

DAN LEUTENNEGER
source

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Publié dans Dostoievski

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T
ABSURDE, OUI !... JOYEUSEMENT ABSURDE.
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