FORÊTAu plus profond des bois,
la Patrie a son coeur;
Un peuple sans forêts
est un peuple qui meurt
ANDRÉ THEURIEL
PAYS SANS PAROLE
Une détresse saigne à l'ombre de l'automne
Sitôt que mûrs les fruits se flétrissent
Cette femme ici ne parle plus que de braises dans l'âtre
tandis que l'homme assume seul l'intimité du froid
et toutes blessures faites au visage de sa terre qu'il
s'acharne à semer
Cette femme ici ne parle que de mots
tandis que l'homme se fane debout
les mains ouvertes
son corps tout entier accueillant
la gerçure énorme d'un pays sans parole
PEUPLE INHABITÉ
J'habite un espace où le froid triomphe de l'herbe, où la
grisaille règne en lourdeur sur des fantômes d'arbres.
J'habite en silence un peuple qui sommeille,
frileux sous le givre de ses mots.
J'habite un peuple
dont se tarit la parole frêle et brusque.
J'habite un cri tout alentour de moi -
pierre sans verbe -
falaise abrupte -
lame nue dans ma poitrine l'hiver.
Une neige de fatigue étrangle avec douceur
le pays que j'habite
Et je persiste en des fumées.
Et je m'acharne à parler.
Et la blessure n'a point d'écho.
Le pain d'un peuple est sa parole.
Mais point de clarté dans le blé qui pourrit.
J'habite un peuple qui ne s'habite plus.
Et les champs entiers de la joie se flétrissent
sous tant de sécheresse et tant de gerbes reniées.
J'habite un cri qui n'en peut plus de heurter, de cogner,
d'abattre ces parois de crachats et de masques.
J'habite le spectre d'un peuple renié comme fille sans faste.
Et mes pas font un cercle en ce désert.
Une pluie de visages blancs me cerne de fureur.
Le pays que j'habite est un marbre sous la glace.
Et ce pays sans hommes de lumière glisse
dans mes veines comme femme que j'aime.
Or je sévis contre l'absence avec,
entre les dents,
une pauvreté de mots
qui brillent et se perdent.
YVES PRÉFONTAINE
Une détresse saigne à l'ombre de l'automne
Sitôt que mûrs les fruits se flétrissent
Cette femme ici ne parle plus que de braises dans l'âtre
tandis que l'homme assume seul l'intimité du froid
et toutes blessures faites au visage de sa terre qu'il
s'acharne à semer
Cette femme ici ne parle que de mots
tandis que l'homme se fane debout
les mains ouvertes
son corps tout entier accueillant
la gerçure énorme d'un pays sans parole
PEUPLE INHABITÉ
J'habite un espace où le froid triomphe de l'herbe, où la
grisaille règne en lourdeur sur des fantômes d'arbres.
J'habite en silence un peuple qui sommeille,
frileux sous le givre de ses mots.
J'habite un peuple
dont se tarit la parole frêle et brusque.
J'habite un cri tout alentour de moi -
pierre sans verbe -
falaise abrupte -
lame nue dans ma poitrine l'hiver.
Une neige de fatigue étrangle avec douceur
le pays que j'habite
Et je persiste en des fumées.
Et je m'acharne à parler.
Et la blessure n'a point d'écho.
Le pain d'un peuple est sa parole.
Mais point de clarté dans le blé qui pourrit.
J'habite un peuple qui ne s'habite plus.
Et les champs entiers de la joie se flétrissent
sous tant de sécheresse et tant de gerbes reniées.
J'habite un cri qui n'en peut plus de heurter, de cogner,
d'abattre ces parois de crachats et de masques.
J'habite le spectre d'un peuple renié comme fille sans faste.
Et mes pas font un cercle en ce désert.
Une pluie de visages blancs me cerne de fureur.
Le pays que j'habite est un marbre sous la glace.
Et ce pays sans hommes de lumière glisse
dans mes veines comme femme que j'aime.
Or je sévis contre l'absence avec,
entre les dents,
une pauvreté de mots
qui brillent et se perdent.
YVES PRÉFONTAINE
par Tamara
publié dans :
La poésie pour le Poète
DU TEMPS PERDU
On demande ce que deviennent les jours qui ne sont plus, et si c'est le coeur de l'homme qui leur sert de tombeau.
Non, croyez-moi; tout paraît mourir, mais rien ne meurt en effet; hier existe encore, quoique vous ne le voyiez plus.Vos jours évanouis sont des absents qui ne reviennent pas, mais qui ne sont pas perdus. Ils ont, comme dans un sanctuaire, suspendu leurs images dans votre âme, et quand vous dormez, quand vous rêvez, ils viennent souvent s'y entretenir comme autrefois, et déranger la poussière qui couvre leurs portraits.

Le passé vit toujours sous la neige des ans. C'est l'eau vive qui court toujours sous sa carapace de glace, l'eau vive où serpentent, comme des flèches de pourpre et d'or, comme des grappes de pierreries voyageuses, comme des fleurs qui fuient et ne se fanent pas,
MILLE NAGEURS
SILENCIEUX
QUI SONT
LES SOUVENIRS.
Jules LEFÈVRE-DEUMIER
QUI SONT
LES SOUVENIRS.
Jules LEFÈVRE-DEUMIER
par Tamara
publié dans :
La poésie pour le Poète
