
Le Cauchemar, Johann Heinrich Füssli, 1802
Dans tout homme, il y a un peu de tous les hommes
SUCCUBES. – Du latin sub = dessous; cubare = être couché; = démon femelle qui se livre à un homme endormi. Les occultistes pensent que de tels spectres semi-matérialisés ne sont que la projection de femmes parfaitement terrestres qui se dédoublent en dormant et vont obséder le dormeur de leur choix – leur ombre se matérialisant sur un plan magnétique – ou leur double… L’acte sexuel peut s’accomplir sur un plan para-biologique (donc magnétique), et les paradis artificiels des momies égyptiennes dérivent en large part de cette vérité naturelle.
Dictionnaire de l’insolite et du fantastique, J.-L. BERNARD.
LE SUCCUBE
Toute nue, onduleuse et le torse vibrant,
La fleur des lupanars, des tripots et des bouges
Bouclait nonchalamment ses jarretières rouges
Sur de très longs bas noirs d’un tissu transparent,
Quand soudain sa victime eut ce cri déchirant;
« Je suis dans un brouillard qui bourdonne et qui bouge !
Mon œil tourne et s’éteint ! où donc es-tu, ma gouge ?
Viens ! tout mon corps tari te convoite en mourant ! »
À ces mots, la sangsue exulta d’ironie :
« Si tu veux jusqu’au bout râler ton agonie,
Je t’engage, dit-elle, à ménager ta voix ! »
Et froide, elle accueillit, raillant l’affreux martyre,
Ses suprêmes adieux par un geste narquois
Et son dernier hoquet par un éclat de rire.
Les Névroses
Maurice ROLLINAT
Choix de poèmes

L'Autrichien OSKAR KOKOSCHKA, exécute des portraits qui d'ordinaire
représentent des êtres hypersensibles, au coeur orageux, à l'âme tremblante
d'inquiétude, et dans chacune de ces oeuvres il met a nu
la vérité intime du modèle.
Un cœur jeune qui souffre crée de lourdes angoisses
Comme des larmes d’or qui de mon cœur s’égouttent,
Feuilles de mes bonheurs, vous tombez toutes, toutes.
Vous tombez au jardin de rêve où je m’en vais,
Où je vais, les cheveux au vent des jours mauvais.
Vous tombez de l’intime arbre blanc, abattues
Çà et là, n’importe où, dans l’allée aux statues.
Couleur des jours anciens, de mes robes d’enfants,
Quand les grands vents d’automne ont sonné l’olifant.
Et vous tombez toujours, mêlant vos agonies,
Vous tombez, mariant, pâles, vos harmonies.
Vous avez chu dans l’aube au sillon des chemins;
Vous pleurez de mes yeux, vous tombez de mes mains.
Comme des larmes d’or qui de mon cœur s’égouttent,
Dans mes vingt ans déserts vous tombez toutes, toutes.
