Je ne veux plus laver la vaisselle, Edith Piaff
Je n'veux plus laver la vaisselle
Je n'veux plus vider les poubelles
Trier le linge, sale de dentelles
Brûler mes mains dans l'eau d'javel
Car j'ai un amoureux,
Amoureux, nom de Dieu !
Il mesure un mètre quatre-vingt
Ça en impose, vrai nom d'un chien
On me dit que c'est un vaurien
Mais comme je suis une fille de rien
Ça les embête qu'on s'aime bien
Mais moi j'l'aime bien
Mon propre à rien
Il a quelque chose au fond des yeux
Un de ces trucs qui fait très mieux
J'ai l'impression que je monte au pieux
Et que j'rencontre mon vieux
Alors j'lui parle d'mon amoureux
Et il m'promet qu'on s'ra heureux
J'n veux plus currer les choses au fond
Servir à table, montre l'charbon
Ça sert à quoi d'être un tuilon
Ça sert à rien, ça non de non
Puis il a des yeux marron
Et puis, j'm'en fou, nous nous aimons
"Le poète est sans foule parce qu'il côtoie une foule sans poésie"
Danny Plourde
"Ce que la culture ne peut assimiler, elle le détruit"
Phrase entendue dans un film, un film quelconque, sans intérêt, aucun.
"Ah là, là, pourquoi vivre si ce n'est pour la fierté ! J'ai attrapé au bond cette exclamation naïve d'un homme qui, rarement certes, réfléchit tout de même parfois." Carnets,
Dostoïevski
Se dire fou dans une société qui se croit folle :
pour lire le texte en entier de Bernard Arcand
publié sur le site de l'Office Nationale du Film (ONF)
Extrait du "billet écrit et livré par l'anthropologue Bernard Arcand, lors du
lancement du film d'animation La vie avec un brin de folie, le 5 mai dernier à Québec." ONF :
"Autrement dit, la folie est à la mode. Et tout ce que le mot folie veut dire, c'est qu'on accepte de manger un fromage gras, ou de payer un peu trop cher dans un restaurant, qu'on
achète une robe à un prix insensé, qu'on décide de s'offrir une semaine de vacances, qu'on choisit de ne pas se raser pendant quatre jours, qu'on s'offre une aventure amoureuse. Chacun de ces
exemples (et vous savez qu'il y en aurait plusieurs autres) ne fait que redire une évidence parfaitement banale : faire une folie, c'est interrompre l'ordinaire coutumier, sortir de la routine
habituelle et poser un geste qui n'appartient pas à la normalité quotidienne. Il s'agit là d'une déclaration de principe tout à fait remarquable : nous affirmons, en somme, que nos vies sont
tellement plates et contraignantes que tout ce qui s'en échappe constitue nécessairement une folie.
Puis, il faut dire aussi que notre société encourage les comportements totalement exceptionnels, qui représentent des écarts considérables des normes raisonnables, et qui, de ce fait,
pourraient être classés comme excessifs sinon démentiels. Vous le verrez très bientôt, les Jeux olympiques approchent ! Des jeunes filles souriantes, avec des cheveux très laqués et un
pince-nez très serré, feront dans l'eau des "sparages" parfaitement coordonnés. Il y a chaque année une nouvelle édition du grand livre des records Guiness, qui nous informe du nombre
de hot-dogs qu'un être humain peut avaler en 60 minutes. Les défilés de mode saisonnières nous montreront encore des mannequins anorexiques. Et il y aura d'autres sports extrêmes. Des jeunes se
placeront encore la tête dans un ventilateur pour se rendre a Jack Ass. Et quand on manquera de formes d'excès. on les inventera. Essayez seulement d'imaginer le pouvoir de destruction massive
de l'arsenal militaire des USA. Il y a déjà longtemps que l'on a découvert que la physique est incertaine et que toutes nos certitudes scientifiques étaient relatives. Il y a déjà longtemps
qu'Andy Warhol a peint une boîte de soupe Campbell et que John Cage a déclaré que le son de l'usine était la musique actuelle. Il devient difficile de paraître fou dans un univers qui
récompense l'excès. Gilles Villeneuve n'était pas fou, seulement audacieux ou téméraire.
Ce que j'essaie de dire, c'est qu'il n'y a plus de folie possible dans un contexte où tout le monde est présumé fou! Dans un monde de fous, il n'y a plus de folie, puisque tous sont fous. Le
monde moderne nous encourage fortement à nous former nous-mêmes, à nous réaliser pleinement. On ne compte plus les ouvrages qui promettent de nous aider à réduire nos craintes et à surmonter
toutes les difficultés de manière à devenir enfin qui nous sommes vraiment. La société moderne insiste sur la protection des droits de la personne. Voilà une recette idéale pour faire de
chacun de nous un marginal. Et, du coup, une façon idéale d'éliminer la marginalité. Nous avons acquis, parmi tous nos droits individuels, celui d'être un peu différent, unique, personnel.
Nous sommes enfin libres de la normalité contraignante. Au point où démontrer un peu de folie est désormais accepté comme un privilège universel.
Le drame est que tout ceci ne correspond en rien à la maladie mentale. C'est tout au plus une ambiance culturelle qui banalise la santé et qui dilue la notion même de marginalité. Si
l'on plaçait en institution psychiatrique seulement 10 % de tous ceux et celles qui se proclament animés d'une belle folie, la folie cesserait immédiatement d'être à la mode !
Entre-temps, il sera difficile de faire comprendre les problèmes très immédiats des personnes atteintes de maladie mentale. Tout simplement parce que, dans cette ambiance de folie pour tout
le monde, leurs comportements spécifiques ne seront pas appréciés à leur juste valeur. Si vous dites qu'on les assoupit avec des médicaments, on vous parlera de la médicamentation excessive
des personnes âgées et l'on vous décrira les profits actuels de l'industrie pharmaceutique et tous les effets déplorent l'attention portée trop exclusivement sur la maladie et ses symptômes,
alors que l'être humain demeure un organisme extrêmement complexe qui ne pourra jamais être réduit à l'une ou l'autre de ses dimensions particulières. Bref, nos solutions courantes paraissent
simplistes et trop faciles pour être vraiment efficaces."
Voir l'animation sur
Office National du Film : lien direct
"Réalisé par le collectif Kiwistiti de Québec,
La vie avec un brin de folie
est le fruit de la collaboration de personnes souffrant
de problèmes de santé mentale et d'individus qui consacrent
leur vie à combattre les préjugés autour de ces troubles.
Il s'agit du premier court métrage issu de l'initiative
Animation citoyenne, du Studio Animation et Jeunesse de l'ONF,
lequel favorise l'ancrage de projets
de films d'animation dans une communauté."
Réalisation : Annie Frenette
Production : Michèle Bélanger (ONF)
***
Ma chambre a la forme d'une cage
Le soleil passe son bras par la fenêtre
Les chasseurs à ma porte
comme
Les p'tits soldats
Qui veulent me prendre
Je ne veux pas travailler
Je ne veux pas déjeuner
je veux seulement l'oublier
et puis je fume
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