
Quand mes veines l'entendront
Sur la route gaie,
Je me cacherai le front
Derrière une haie.
Quand mes cheveux sentiront
Accourir sa fièvre,
Je fuirai d'un saut plus prompt
Que le bond d'un lièvre.
Quand ses prunelles, ô dieux,
Fixeront mon âme,
Je fuirai, fermant les yeux,
Sans voir feu ni flamme.
Quand me suivront ses aveux
Comme des abeilles,
Je fuirai, de mes cheveux
Cachant mes oreilles.
Quand m'atteindra son baiser,
Plus qu'à demi-morte,
J'irai sans me reposer
N'importe où, n'importe
Où s'ouvriront des chemins
Béants au passage,
Éperdue et de mes mains
Couvrent mon visage.
Et, quand d'un geste vainqueur,
Toute il m'aura prise,
Me débattant sur son coeur,
Farouche, insoumise,
Je ferai, dans mon effroi
D'une heure nouvelle
D'un obscur je ne sais quoi,
Je ferai, rebelle,
Quand il croira me tenir
À lui tout entière,
Pour retarder l'avenir,
Vingt pas en arrière ! ...
S'il allait ne pas venir ! ...
Marie Noël.
