Vache
petite vache
génisse
un jour les hommes te conduiront au taureau
tu auras du plaisir peut-être
de la joie
des enfants
des fils qu'on appellera des veaux
ou des filles qu'on appellera génisses
comme on t'appelait autrefois toi
Tu les lécheras
tu feras tout le nécessaire
sans peut-être garder la mémoire
de tout ce que tu auras souffert
Puis un jour les hommes viendront
ils regarderont les veaux
ils diront qu'ils sont beaux
et bons
et ils les mangeront
Et puis tu resteras seule
avec d'autres vaches
et les hommes reviendront
avec un autre taureau
et tout cela se passera
comme la première fois
avec les bons et les mauvais côtés de la situation
Et puis tu vieilliras
et tu commenceras à mourir
Les hommes hocheront la tête
ils t'abattront
et ta peau
ils la vendront
Quelque chose de toi
deviendra un objet
puis un autre
des souliers
des valises
Avec les valises
les hommes prendront les trains
pour le voyage...
Et l'homme à la valise en peau de vache
regarde les vaches
et dit que les vaches regardentles trains
Et personne ne sait ce qui se passe
ni comment ça se passe
dans votre tête quand le train passe
Pourtant les hommes en parlent
histoire de causer
Et l'homme à la valise en peau de vache
s'en va voir les courses de taureaux
De son métier il est plutôt Officionado
Et la ville est en fête le Roi vient d'épouser la Reine et la Reine
est très belle et le peuple l'acclame et valsant avec elle le Roi
la couve du regard
Précisément du même regard que l'homme prête si aimablement
aux vaches qui de loin regardent passer les trains
petite vache
génisse
un jour les hommes te conduiront au taureau
tu auras du plaisir peut-être
de la joie
des enfants
des fils qu'on appellera des veaux
ou des filles qu'on appellera génisses
comme on t'appelait autrefois toi
Tu les lécheras
tu feras tout le nécessaire
sans peut-être garder la mémoire
de tout ce que tu auras souffert
Puis un jour les hommes viendront
ils regarderont les veaux
ils diront qu'ils sont beaux
et bons
et ils les mangeront
Et puis tu resteras seule
avec d'autres vaches
et les hommes reviendront
avec un autre taureau
et tout cela se passera
comme la première fois
avec les bons et les mauvais côtés de la situation
Et puis tu vieilliras
et tu commenceras à mourir
Les hommes hocheront la tête
ils t'abattront
et ta peau
ils la vendront
Quelque chose de toi
deviendra un objet
puis un autre
des souliers
des valises
Avec les valises
les hommes prendront les trains
pour le voyage...
Et l'homme à la valise en peau de vache
regarde les vaches
et dit que les vaches regardentles trains
Et personne ne sait ce qui se passe
ni comment ça se passe
dans votre tête quand le train passe
Pourtant les hommes en parlent
histoire de causer
Et l'homme à la valise en peau de vache
s'en va voir les courses de taureaux
De son métier il est plutôt Officionado
Et la ville est en fête le Roi vient d'épouser la Reine et la Reine
est très belle et le peuple l'acclame et valsant avec elle le Roi
la couve du regard
Précisément du même regard que l'homme prête si aimablement
aux vaches qui de loin regardent passer les trains
LA REINE NE REGARDE QUE LES TAUREAUX
QU'ON ENTRAÎNE VERS LES ARÈNES
ET PARMI TOUS CES TAUREAUX
ELLE NE VOIT QUE LE PLUS BEAU
QU'ON ENTRAÎNE VERS LES ARÈNES
ET PARMI TOUS CES TAUREAUX
ELLE NE VOIT QUE LE PLUS BEAU
Et le Roi est dans tous ses états lui qui dira plus tard l'État c'est
moi ou quelque chose d'analogue ou d'approchant en espagnol
édifiant et toujours valsant complaisamment il se sourit à lui-même
et se voyant de nuit déjà comme un taureau au milieu de l'arène
fort satisfait de ce royal jeu de mots trouvé
dans son grand Almanach Verbe-Haut
Et la nuit de noces est royale et l'on entend dans les couloirs les courtisans et confidents qui d'une voix confidentielle et courtisanesque émettent des voeux les bras au ciel et d'égrillardes larmes aux yeux
Une vraie sirène cette reine
bientôt nous aurons un dauphin
Sur le grand lit
la Reine feint de jouir comme six Reines
et le Roi l'entend se plaindre si heureusement qu'il en est tout
surpris tout content éblouis
Et pourtant
elle pense au taureau la Reine
au grand taureau debout
au milieu de l'arène
et elle crie grâce pour lui
Mais le Roi prend cela pour soi
la Reine a crié grâce
il est heureux comme un Roi
le Roi
C'est leur façon d'être heureux à ces gens-là
moi ou quelque chose d'analogue ou d'approchant en espagnol
édifiant et toujours valsant complaisamment il se sourit à lui-même
et se voyant de nuit déjà comme un taureau au milieu de l'arène
fort satisfait de ce royal jeu de mots trouvé
dans son grand Almanach Verbe-Haut
Et la nuit de noces est royale et l'on entend dans les couloirs les courtisans et confidents qui d'une voix confidentielle et courtisanesque émettent des voeux les bras au ciel et d'égrillardes larmes aux yeux
Une vraie sirène cette reine
bientôt nous aurons un dauphin
Sur le grand lit
la Reine feint de jouir comme six Reines
et le Roi l'entend se plaindre si heureusement qu'il en est tout
surpris tout content éblouis
Et pourtant
elle pense au taureau la Reine
au grand taureau debout
au milieu de l'arène
et elle crie grâce pour lui
Mais le Roi prend cela pour soi
la Reine a crié grâce
il est heureux comme un Roi
le Roi
C'est leur façon d'être heureux à ces gens-là
Quelques jours plus tard à la corrida
le taureau va être tué
À l'instant de la mise à mort
la Reine se dresse secoue le Roi et l'implore
et voilà la fête terminée
et voilà le taureau gracié
la Reine sourit
le taureau la regarde
elle le regarde aussi
ils ne disent pas un mot
mais entre eux tout est dit
le taureau va être tué
À l'instant de la mise à mort
la Reine se dresse secoue le Roi et l'implore
et voilà la fête terminée
et voilà le taureau gracié
la Reine sourit
le taureau la regarde
elle le regarde aussi
ils ne disent pas un mot
mais entre eux tout est dit
LA CORRIDA par JACQUES PRÉVERT: à suivre,
pour ceux que les histoires de taureau intéressent,
ou ceux qui les aiment tout simplement,
comme on aime
au mois de mai,
dans les champs
comme on aime
la valse à mille temps
de Brel,
naturellement !
TROIS CENT TRENTE-TROIS FOIS LE TEMPS
DE BÂTIR UN ROMAN
pour ceux que les histoires de taureau intéressent,
ou ceux qui les aiment tout simplement,
comme on aime
au mois de mai,
dans les champs
comme on aime
la valse à mille temps
de Brel,
naturellement !
TROIS CENT TRENTE-TROIS FOIS LE TEMPS
DE BÂTIR UN ROMAN

INTIMITÉ
En attendant le jour où vous viendrez à moi,
Les regards pleins d'amour, de pudeur et de foi,
Je rêve à tous les mots futurs de votre bouche,
Qui sembleront un air de musique qui touche
Et dont je goûterai le charme a vos genoux...
Et ce rêve m'est cher comme un baiser de vous !
Votre beauté saura m'être indulgente et bonne,
Et vos lèvres auront le goût des fruits d'automne !
Par les longs soirs d'hiver, sous la lampe qui luit,
Douce, vous resterez près de moi, sans ennui,
Tandis que feuilletant les pages d'un vieux livre,
Dans les poètes morts je m'écouterai vivre;
Ou que, songeant depuis des heures, revenu
D'un voyage lointain en pays inconnu,
Heureux, j'apercevrai, sereine et chaste ivresse,
À mon côté veillant, la fidèle tendresse !
ET NOTRE AMOUR SERA COMME UN BEAU JOUR DE MAI,
CALME, PLEIN DE SOLEIL, JOYEUX ET PARFUMÉ !
(...)
ALBERT LOZEAU
(L'Âme solitaire)