Dimanche 1 mars 2009


Le principe d'Hölderlin : Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve.
EDGARD MORIN

Problèmes de la vie quotidienne, Louange Lagrande, 10 ans et des poussières.


Dimanche, 1er mars 2009


Nécessité fait loi quand c'est le diable qui mène la danse.

DEON MEYER


Je n'ai pas écrit depuis quelques mois. On voudrait bien écrire, à certains moments, mais le langage ne nous parle plus. Nous sommes l'un pour l'autre, sourd et muet. Qui est sourd ? Qui est muet ? peu importe puisque l'échange n'est plus possible et que le langage des signes nous est d'aucun secours. Pourquoi d'aucun secours. Simplement parce que, nos doigts ne se commandent plus. Essayez donc de communiquer sans doigts, sans voix et sans oreilles. Vous allez me dire, je suppose : Et les pieds alors ! Communique avec les pieds. Oui, sans doute. Certains peuvent écrire avec leurs orteils, mais je ne veux pas utiliser mes pieds. Je ne veux les salir pour rien au monde. Pas de sueur d'encre sur le front de la vie en marche.


J'ai 10 ans, maintenant. Mon anniversaire se trouve être le 5 décembre. Je me suis fait un petit gâteau, rien que pour moi. Un petit gâteau aux bananes. C'était pas très compliqué à faire. Je l'ai fait par soucis des conventions. J'ai invité Suzie, qui se gèle dans les rues de Montréal pour trouver de quoi se nourrir. Je l'ai invitée à dormir chez moi. Elle a dit oui. Elle a dormi près de moi. C'est la soeur, la mère que je n'aurai jamais.


J'ai demandé à Suzie, où elle dormait depuis que les nuits étaient froides. Chez un bon copain, m'a-t-elle dit, qui a eu la gentillesse de me proposer une chambre. J'ai hâte au printemps pour « re »vivre de nouveau à l'extérieur, m'expliqua-t-elle car, entre moi et le monde, il n'y a plus d'espace, que des murs. On a envahi mon espace et pour le reconquérir, je dois éliminer les murs qui se sont formés à mon insu. Ces murs m'étouffent, m'écrasent vers l'intérieur, m'empêchent de parcourir le monde, hors de moi. Si je réussis à détruire ces murs, je pourrai retourner vivre dans un appartement, je pourrai vivre de l'intérieur vers l'extérieur. Pour lors, je vis de l'intérieur vers l'intérieur. Si ces murs restent, je resterai enfermée dans ce monde intérieur, créé par le monde extérieur mais qui n'est pas de ce monde. Voilà pourquoi je vis dehors : j'ai besoin de l'espace extérieur pour ne pas étouffer de l'intérieur.


Un mauvais génie devait se sentir seul et abandonné : il m'a enfermée entre des murs invisibles. Ce mauvais génie s'évertue à me rendre la vie encore plus médiocre qu'elle n'est en réalité. Il vit en moi. Il s'acharne à me faire la vie dure. Il est grossier et sans pudeur. Avec son gros nez rouge et ses babines énormes, qui pendent, et ses petits yeux étroits comme son esprit, il me répugne. Il guette. Il guette mes faux pas. Et moi, je guette le jour où je détruirai ses murs où il se tient prisonnier.   


Je sens bien que Suzie n'a plus toute sa tête, qu'elle déraisonne. Je ne sais pas ce qu'elle a vécu pour s'imaginer être prisonnière d'un monde qui n'existe que dans sa tête, mais je crois pourtant que ce monde existe, puisqu'elle vit dans ce monde. Il est important pour moi de prendre au sérieux ce qu'elle me raconte, car je sais que je suis porteuse aussi d'un mauvais génie qui pourrait m'enfermer entre ses murs et m'empêcher de m'extérioriser. 


Qui pourrait me mener vers
le cul-de-sac existentiel,
sans extériorité,
sans fenêtres
  sur le langage usuel,
sans expession réel du réel.

 

Par Tamara - Publié dans : LouangeLagrande
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Samedi 28 février 2009
Peinture d'Alice Miller

Site internet d'Alice Miller,
Abus et maltraitance de l'enfant


L'enfant sous terreur
par A.M., 1986.


"Elle parle dans ce livre du commandement intériorisé dès notre plus jeune âge par la plupart d'entre nous : "Tu ne t'apercevras de rien" qui est le titre original du livre. Elle critique la psychanalyse et explique beaucoup dans ce livre en quoi Freud et la psychanalyse ont tort et ont caché l'origine réelle des maladies psychologiques des adultes et des enfants qui résident principalement dans l'enfance et dans les abus subis par les enfants mais niés.


Selon Alice Miller, la psychanalyse vise à culpabiliser le patient pour "épargner" les parents, à le faire s'accuser d'avoir des fantasmes là où il a été abusé dans son enfance ; en d'autres termes, la psychanalyse veut rendre le patient responsable de ce qu'il a subi, notamment par ses parents. Elle reproche à Freud d'avoir inventé la théorie des "pulsions" pour éviter de voir les traumatismes réels subis dans l'enfance et d'avoir à accuser les parents de maltraiter leurs enfants, la psychanalyse accuse les pulsions et non les abus d'être principalement à l'origine des souffrances endurées dans l'enfance et dans la vie adulte.


Elle reproche à la psychanalyse de ne pas comprendre dans sa forme originale que les symptômes et les maladies sont le seul langage que le patient a pour exprimer ses traumatismes, et que les symptômes, traumatismes et maladies ne peuvent pas être "inventés" ou dus à seulement des fantasmes, mais qu'ils cachent et montrent à la fois de réels abus subis par le patient dont lui-même peut ne pas avoir conscience.


Certains psychanalystes veulent interpréter les récits de leurs patients pour qu'ils correspondent à ce qu'ils ont appris (notamment la théorie des pulsions), que c'étaient des fantasmes et non des traumatismes, ce qui empêche le patient de prendre conscience de ce qu'il a subi, donc d'après Alice Miller, la psychanalyse et surtout ses théories fondatrices ne sont en réalité que la répétition de l'événement traumatique qui a conduit au refoulement des causes des souffrances de la maladie du patient, en somme, un nouveau traumatisme passé inaperçu et présenté comme une méthode de soins, de guérison.


Elle dit qu'en réalité, Freud n'a fait que reprendre le point de vue dominant de l'époque, que l'enfant était animé de pulsions destructrices, mauvaises, et que les parents étaient innocents dans les troubles psychologiques de l'enfant et que c'est grâce à cette explication que la psychanalyse a connu un tel succès : on protège les parents qui sont présentés comme idéaux, c'est en fait la manière dont l'enfant voit ses parents depuis tout petit, ce qu'on le force à croire en dépit des faits.


La psychanalyse ne serait que la représentation des parents innocents et le patient "l'enfant méchant animé de pulsions destructrices", notamment la "pulsion de mort".

Elle explique aussi que Freud a inventé la psychanalyse pour nier ce qu'il avait découvert peu avant, mais qui était insupportable pour lui, car étant seul avec cette découverte, que tous ses patients avaient subi des abus (sexuels) dans leur enfance, mais c'était tellement en contradiction avec les croyances de l'époque qu'il "dût" se résigner à nier sa découverte et créa la psychanalyse qui adopte le point de vue contraire, que la plupart des patients et des enfants fantasment sur des abus qui n'ont pas existé.


L'avocat de l'enfant (deuxième partie, chapitre 3) est pour elle ce que doit être un psy, aider et comprendre l'enfant, sans le rendre responsable ou coupable même seulement en partie de ce qu'il a subi, mais elle déplore aussi que les psys sont en général, même sans le savoir, du côté des parents qui accusent l'enfant.


Elle consacre un chapitre sur la notion de sexualité infantile, elle réfute la vision de Freud qui n'est selon elle là encore une fois que pour masquer les abus des parents, en effet, selon Freud l'enfant désirerait son père ou sa mère sexuellement, mais en fait ce n'est pas ce que désire l'enfant, mais la projection des désirs des parents sur l'enfant, l'enfant est donc la victime des projections de l'adulte et non l'auteur des ces projections comme Freud l'a dit pour protéger les parents, pour ne pas voir la cause réelle et non fantasmée de ces abus.


Le mythe d'Œdipe est ensuite abordé, et elle voit encore une fois de plus comment la psychanalyse a interprété cette histoire en oubliant le rôle et la responsabilité des parents qui abandonnent l'enfant au début de l'histoire pour rejeter entièrement la faute sur l'enfant victime que l'on fait culpabiliser, l'enfant se retrouve une fois de plus dans la psychanalyse le bouc émissaire : "Il est toujours allé de soi que les enfants devaient porter la responsabilité de ce qu'on leur faisait", dit Alice Miller, troisième partie, chapitre 3.


Dans le chapitre "Quatre-vingt-dix ans de théories des pulsions", elle critique les "dogmes" et les croyances de la psychanalyse qui empêchent de tenir compte des nouvelles découvertes récentes au sujet de l'enfance, surtout de la cruauté qui se cache derrière la sévérité avec laquelle on traite les enfants, que les adeptes de la théorie des pulsions nient, ils s'en tiennent à ce qu'on leur a appris et qui date de dizaines d'années en arrière sans tenir compte de l'évolution de mentalités qui a permis de découvrir de nouveaux aspects des maltraitances faites aux enfants.


source wikipedia


Alice Miller

"La découverte que j'avais été une enfant maltraitée, que j'avais dû dès le début de ma vie me soumettre aux besoins et aux sentiments de ma mère sans avoir la moindre chance d'éprouver ceux qui m'étaient propres, m'a beaucoup étonnée. La découverte de ma totale impuissance d'alors m'a aussi fait comprendre le pouvoir du refoulement qui m'avait éloignée toute ma vie de la vérité, et l'impuissance de la psychanalyse qui, par ses théories trompeuses, n'avait fait que consolider le refoulement." 

La connaissance interdite, A.M., 1990

Par Tamara - Publié dans : Lecture
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