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Mardi 30 mai 2006


Ô morts ! dans vos tombeaux vous dormez solitaires,
Et vous ne portez plus le fardeau des misères
Du monde où nous vivons.
Pour vous le ciel n'a plus d'étoiles ni d'orages;
Le printemps, de parfums; l'horizon, de nuages;
Le soleil, de rayons.

Immobiles et froids dans la fosse profonde,
Vous ne demandez pas si les échos du monde
Sont tristes ou joyeux;
Car vous n'entendez plus les vains discours des hommes,
Qui flétrissent le coeur et qui font que nous sommes
Méchants et malheureux.

Le vent de la douleur, le souffle de l'envie
Ne vient plus déssécher, comme au temps de la vie,
La moelle de vos os;
Et vous trouvez ce bien, au fond du cimetière,
Que cherche vainement notre existence entière,
Vous trouvez le repos.

Tandis que nous allons, pleins de tristes pensées,
Qui tiennent tout le jour nos âmes oppressées,
Seuls et silencieux.
Vous écoutez chanter les voix du sanctuaire
Qui vous viennent d'en haut et passent sur la terre
Pour remonter au cieux.

Vous ne demandez rien à la foule  qui passe
Sans donner seulement aux tombeaux qu'elle efface
Une larme, un soupir;
Vous ne demandez rien à la brise qui jette
Son haleine embaumée à la tombe muette,
Rien, rien qu'un souvenir.

Toutes les voluptés où notre âme se mêle
Ne valent pas pour vous un souvenir fidèle,
Cette aumône du coeur
Qui s'en vient réchauffer votre froide poussière,
Et porte votre nom, gardé par la prière,
Au trône du Seigneur.

Hélas ! ce souvenir que l'amitié vous donne
Dans le  coeur meurt avant que le corps abandonne
Ses vêtements de deuil,
Et l'oubli des vivants, pesant sur votre tombe,
Sur vos os décharnés plus lourdement retombe
Que le plomb du cerceuil !

Tous ceux dont le coeur pur n'écoute sur la terre
Que les échos du ciel, qui rendent moins amère
La douloureuse voie où l'homme doit marcher,
Et, des biens d'ici-bas reconnaissant le vide,
Déroulent leur vertu comme un tapis splendide,
Et marchent sur le mal sans jamais le toucher;

Quand les hôtes plaintifs de la cité dolente
Qu'en rêve sublime entrevit le vieux Dante,
Paraissent parmi nous en ce jour solennel,
Ce n'est que pour ceux-là . Seuls ils peuvent entendre
Les secrets de la tombe. Eux seuls savent comprendre
Ces pâles mendiants qui demandent le ciel.

Les cantiques sacrés du barde de Solyme
Accompagnant de Job la tristesse sublime,
Au fond du sanctuaire éclatent en sanglots;
Et le son de l'airain, plein de sombres alarmes,
Jette son glas funèbre et demande des larmes
Pour les spectres errants,  nombreux comme les flots.

Donnez donc en ce jour où l'Église pleurante
Fait entendre pour eux une plainte touchante,
Pour calmer vos regrets, peut-être vos remords,
Donnez, du souvenir ressuscitant la flamme,
Une fleur à la tombe, une prière à l'âme,
Ces deux parfums du ciel qui consolent les morts.

Priez pour vos amis, priez pour votre mère,
Qui vous fit d'heureux jours dans cette vie amère,
Pour les parts de vos coeur dormant dans les tombeaux.
Hélas ! tous ces objets de vos jeunes tendresses
Dans leur étroit cercueil n'ont plus d'autres caresses
Que les baisers du ver qui dévore leur os.

Priez pour l'exilé, qui, loin de sa patrie,
Expira sans entendre une parole amie:
Isolé dans sa vie, isolé dans sa mort,
Personne ne viendra donner une prière,
L'aumône d'une larme à la tombe étrangère !
Qui pense à l'inconnu qui sous la terre dort ?

Priez encore pour ceux dont les âmes blessées
Ici-bas n'ont connu que les sombres pensées
Qui font leurs jours sans joie et les nuits sans sommeil;
Pour ceux qui, chaque soir, bénissant l'existence,
N'ont trouvé, le matin, au lieu de l'espérance,
À leurs rêves dorés qu'un horrible réveil.

Ah ! pour ces parias de la famille humaine,
Qui, lourdement chargés de leur fardeau de peine,
Ont monté jusqu'au bout de l'échelle de douleur,
Que votre coeur touché vienne donner l'obole
D'un pieux souvenir, d'une sainte parole
Qui découvre à leurs yeux la face du Seigneur.

Apportez ce tribut de prière et de larmes,
Afin qu'en ce moment terrible et pleins d'alarmes,
Où de vos jours le terme enfin sera venu,
Votre nom, répété par la reconnaissance
En arrivant là-haut, ne soit pas inconnu.

Et prenant ce tribut, un ange aux blanches ailes,
Avant de le porter aux sphères éternelles,
Le dépose un instant sur les tombeaux amis;
Et les mourantes fleurs du sombre cimetière,
Se ranimant soudain au vent de la prière,
Versent tous les parfums sur les morts endormis.

Octave Crémazie, 1856.

Jeudi 25 mai 2006



Sentiment de
Christiane Andermatt, héroïne du roman, MONT-ORIOL :

"Elle comprit que tous les hommes marchent côte à côte, à travers les événements, sans que jamais rien unisse vraiment deux êtres ensemble. Elle sentit, par la trahison de celui en qui elle avait mis toute sa confiance, que les autres, tous les autres ne seraient jamais plus pour elle que des voisins indifférents dans ce voyage court ou long, triste ou gai, suivant les lendemains, impossibles à deviner.

Elle comprit que, même entre les bras de cet homme, quand elle s'était
cru mêlée à lui, entrée en lui, quand elle avait cru que leurs chairs et leurs âmes ne faisaient plus qu'une chair et qu'une âme,
ils s'étaient seulement un peu rapprochés jusqu'à faire toucher les impénétrables enveloppes où la mystérieuse nature a isolé et enfermé les humains. Elle vit bien que nul jamais n'a pu ou ne pourra briser cette invisible barrière qui met les êtres dans la vie aussi loin l'un de l'autre que les étoiles du ciel.

Elle devina l'effort impuissant, incessant depuis les premiers jours du monde, l'effort infatigable des hommes  pour déchirer la gaine où se débat leur âme à tout jamais emprisonnée, à tout jamais solitaire, effort des bras, des lèvres, des yeux, des bouches, de la chair frémissante et nue, EFFORT DE L'AMOUR QUI S'ÉPUISE EN BAISERS, POUR ARRIVER SEULEMENT À DONNER LA VIE À QUELQUE AUTRE ABANDONNÉ ! "



Tiré de la nouvelle, LE PÈRE :

"On rencontre parfois de ces femmes qu'on a envie de serrer éperdument dans ses bras, tout de suite, sans les connaître. Elle répondait, cette jeune fille, à ses désirs intimes, à ses attentes secrètes, à cette sorte d'idéal d'amour qu'on porte, sans le savoir, au fond du coeur."


"Il pensait à elle tout le reste du temps, la revoyait sans cesse pendant les longues séances du bureau, hanté, possédé, envahi par cette image flottante et tenace qu'un visage de femme aimée laisse en nous."
 

Le Temps court...

Écho Intemporel

DOSTOIEVSKI
 
"C'est le Diable qui lutte avec Dieu  et le champ de bataille est le coeur des hommes."

"Je pense que le Diable n'existe pas et que par conséquent c'est l'homme qui l'a créé, il l'a fait à son image et à sa ressemblance"Les frères Karamazov


 MAUPASSANT
"La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit" Une Vie

"Je ne pense comme personne, je ne sens comme personne, je ne raisonne comme personne"
En parlant de lui-même


 
VICTOR HUGO
"Il y a de l'horreur sacré sous les porches de l'énigme; ces ouvertures sont là béantes, mais quelque chose vous dit, à vous passant de la vie, qu'on entre pas. Malheur à qui y pénètre! ..." Les Misérables.

"La conscience, c'est la quantité de science innée que nous avons en nous."
Les Misérables.


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