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Lundi 14 avril 2008


- NON, PERMETTEZ. C'ÉTAIT UN EXEMPLE.
L'HOMME VIT DE BONS EXEMPLES.
DOSTOÏEVSKI, L'adolescent.


NOUVELLES EXEMPLAIRES

"J'AI DONNÉ
À CES NOUVELLES
LE TITRE D'EXEMPLAIRES,
CAR À BIEN
LES CONSIDÉRER

IL N'Y EN A
AUCUNE
DONT ON PUISSE
TIRER UN
EXEMPLE
UTILE"

Miguel de Cervantès
1597-1616

Préface par JEAN CASSOU,
Nouvelles exemplaires  :


Le Portrait de l'artiste que Miguel de Cervantès insérait dans le Prologue de ses Nouvelles exemplaires, parues à Madrid en 1613, nous le montre alors qu'il avait soixante-six ans, et trois ans avant sa mort. Elles se placent entre la publication de la première partie du Quichotte et celle de la seconde partie. Cervantès est donc, à ce moment, en plein génie, au comble de son expérience. Expérience infiniment diverse d'homme en proie aux circonstances, toujours en service et perpétuellement déçu dans ses espoirs, soldat pas mal fier de ses campagnes, mais obligé à ce fréquent destin qui transforme les héros blessés en invalides quémandeurs, homme de lettres non moins hâbleur et glorieux, mais en réalité peu comblé de satisfactions; fontionnaire obéré, personnage besogneux et médiocre, à histoires de famille et à procès, ayant toujours maille à partir avec la justice et se trouvant tout démuni, sans garantie ni répondant en face des puissances de l'époque.

Un génie plus favorisé du sort et de la société aurait pu, à la façon d'un Aristote ou d'un Rubens, ces familiers des princes et des dieux, accomplir le voeu profond de Cervantès. qui était

DE PROLONGER LES RÊVERIES
DE L'ÂGE D'OR
ET DE PRODUIRE
LES SONGES
ENCHANTÉS ET DÉLIRANTS
D'UNE IMAGINATION QUI
S'ABANDONNE L'IMAGINATION :

C'EST LE DÉMON QUI HABITE
L'ÂME PUÉRILE
DE CERVANTÈS.

"JE SUIS, DIT-IL
DANS SA CONFESSION
DU VOYAGE DU PARNASSE,
CELUI QUI EN IMAGINATION
DÉPASSE
TOUS LES POÈTES."


Il est le plus forcené des idéalistes, et les folies des plus effarants romans de chevalerie ne sont rien au prix de celles qu'il se sent en tête et qu'il finira, au terme de sa carrière, par se donner le plaisir de dérouler dans les aventures de Persiles et Sigismonde, ouvrage suprême et qui, dans sa pensée, devait être "le meilleur ou le pire des romans de chevalerie". C'est en tout cas le meilleur livre de Cervantèsdu point de vue de la perfection du style. C'est le plus artiste et le plus éloquent. Preuve, justement, de l'autonomie de l'imagination qui se donne libre jeu. Rien n'arrête plus Cervantès.

LA PLUME VA
PLUS VITE
QUE LA MAIN,
ET LA MAIN
QUE
LA PENSÉE.

L'ÉCRITURE
 AUTOMATIQUE,
LA POÉSIE PURE,
BREF L'ART LIVRÉ
À LUI-MÊME
ET LE GÉNIE
CRÉATEUR
SE DÉVORANT,

QUI ONT ÉTÉ
PARMI LES RÊVES
LES PLUS CHERS
À NOTRE PLUS RÉCENTE
ÉPOQUE LITTÉRAIRE,
NOUS LES VOYONS
S'ACCOMPLIR
EN CETTE
OEUVRE
PRESTIGIEUSE,

CAPRICE ULTIME
D'UN GÉNIE
QUI PRESSENT
SA MORT.

par Tamara publié dans : Lecture
Vendredi 21 décembre 2007

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Vénus désarmant Cupidon

... OUST ! OUST ! CUPIDON !

"Moi, seigneur chevalier, quoique Bohémienne pauvre et humblement née, j'ai ici un certain petit esprit fantastique qui me mène à de grandes choses. Ni les promesses ne m'émeuvent, ni les cadeaux ne me subjugent, ni les soumissions ne me font plier, ni les galanteries ne m'épouvantent.

Bien que j'aie à peine quinze ans, puisque, d'après le compte de ma grand'mère, je ne les atteindrai qu'à la Saint-Michel, je suis déjà vieille par la pensée, et je comprends plus de choses que ne le promet mon âge, moins par l'expérience que par mon heureux naturel.

Mais enfin, par l'une ou par l'autre, je sais que, chez les nouveaux amants, les passions amoureuses sont comme des transports inconsidérés qui font sortir la volonté des ses gonds, laquelle affrontant tous les obstacles, se précipite follement à la poursuite de son désir; et, lorsqu'elle croit atteindre le paradis de ses visions, elle tombe dans l'enfer de ses peines. Si elle obtient ce qu'elle convoite, le désir décroît avec la possession de la choses désirée, et peut-être, les yeux de l'entendement s'ouvrant alors, on voit qu'il est juste de haïr ce qu'on adorait auparavant. Cette crainte fait naître en moi une telle réserve, que je ne crois à aucune parole et je doute de bien des oeuvres. 

Je n'ai qu'un seul bijou que j'estime plus que la vie : c'est celui de ma pudeur et de ma virginité. Je ne veux pas le vendre à prix de promesses et de cadeaux; car enfin il serait vendu, et, s'il pouvait être acheté, il mériterait peu d'estime. Je ne veux pas non plus me laisser ravir par des ruses et des perfidies. J'aime mieux l'emporter à la sépulture, et plaise au ciel qu'il en soit ainsi, plutôt que de le mettre en danger d'être assaili, souillé par des chimères et des fantaisies.

C'EST UNE FLEUR, CELLE DE LA VIRGINITÉ,
QUI DEVRAIT, S'IL ÉTAIT POSSIBLE,
NE PAS SE LAISSER OFFENSER
MÊME PAR L'IMAGINATION.


QUAND LA ROSE EST COUPÉE DU ROSIER,
AVEC QUELLE VITESSE ELLE SE FANE
ET QUELLE FACILITÉ !


L'UN LA TOUCHE, L'AUTRE LA SENT,
CELUI-CI LA DÉFEUILLE, ET FINALEMENT
ELLE PÉRIT EN DES MAINS GROSSIÈRES.


rosemado.JPG Merci à Mado,
Grande Amie des fleurs et de l'art,
pour la photo, qui tombe,
comme on dit, à pic et à poil !


Etrait de, La Bohémienne de Madrid, CERVANTÈS.

 

 
par Tamara publié dans : Lecture
 

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