Sommenambulle
MARCHE OU CRÈVE
EN MAI COMME EN DÉCEMBRE
EN ÉTÉ COMME EN AUTOMNE.
SI TAMARA LE DIT !
SA RAISON D'ÉTAT,
LUI A COMMANDÉE
DANS UN
SONGE
D'ÉTÉ
MORT,
AU LEVÉE
DU JOUR.
***
OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIILLE les
FOUIIIIIIIIIIIIIIILLES
MÉNINGES !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Couchemar sur une psycatalogne,
MARC FAVREAU
J’ai fait un rêve esstradinaire !
J’étais dans la rue et j’essayais de préambuler
Tranquillement…mais ça ne marchait pas
J’avais la démarche infructueuse
J’étais pas tout seul dans la rue
Y avait la foule qui filait qui se défoulait
Qui me refoulait !
Pôvre petit moi je me sentais comme un petit
Compressé…
Et tout à coup j’a eu une aspiration
Une porte s’a ouverte
Et une main m’a grippé par le manteau !
J’étais comme locomotivé
J’étais inspiré dans la maison
Et quand j’a été là dans l’intérieur
Qu’est-ce que je vois au bout de la main ?
Une belle grande fébrile toute blanche
Avec deux grandes stresses dans les cheveux
Et un tétanoscope qui lui pendait là
Sur le centre médical…!
Tout de suite j’a eu le cœur qui s’a mis
À bilboquer dans ma poitrine
Je voyais bien qu’elle faisait de l’épathologie…
- C’est gentil
de venir me voir, qu’elle m’a dit.
-Ouille j’a pas fait essprès, que j’a
répondu,
ç’a été plus fort que moi.
-Donnez-moi votre manteau.
-Ouille non alors je le donne pas
peut-être il est vieux mais je veux pas le donner
peut-être c’est un déficient manteau mais je le garde
je suis pas venu là pour me faire démanteler !
Elle continouillait de sourire très gentille
Elle regardait ma fleur
(dans mon rêve j’avais une fleur
sur le manteau près du cœur)
-Oh comme vous avez une belle névrose !
- Ouille oui je l’a toujours eue
tout petit déjà j’avais la névrose à la pouponnière…
-Vous aimeriez pas faire un peu de reposing ?
Détendez-vous sur mon divague
Faites comme chez moi
Moi alors j'a pas dit non
C'était un beau divague très molluptueux
Alors je m'a détendu elle s'a assise à côté
-Allez-y maintenant dites-moi tout
faites le récidivan de votre vie
déblatérez-moi toutes vos sornettes
je vous écoute ayez pas peur
je suis là pour ça les gens viennent ici ils se détendent
et ils psycausent ils psycausent
et moi j’écoute je suis la psycatalogne
Mais moi je pouvais pas ça sortait pas
Rien à faire j’étais comme imbibé
J’avais un blocage thoracique
-Allez-y serchez dans votre jujube conscient
Moi j’avais beau me creuser
la crécelle
Mon globe frontal s’allumait pas
-Essayez de vous souvenir
quand vous étiez petit comment c’était ?
-Ouille c’était grand !
Et toujours elle était là suspendue à mes lèvres
(c’est lourd à la fin)
mais elle restait gentille
même qu’elle m’a parlé de mes parents
elle m’a parlé de ma mèrancolique
et mon pèranoïaque
elle avait l’air de les avoir connus
c’était bien de la chance pour elle passque moi
quand j’étais petit je peux pas dire que mes parents
je les voyais souvent
je pense que j’avais des transparents !
Puis tout à coup elle m’a dit :
-Est-ce que vous rêvez ?
-Si je rêve ? Tu parles que je rêve
j’arrête pas de rêver
je suis solnambule
et toujours je fais le même rêve
je rêve que tout le monde est malade mais pas moi !
Je vois une petite carriole qui passe
Tout le monde court après tout le monde l’attrape
Mais pas moi !
Et pourtant je cours moi aussi, je cours, je cours,
Mais j’avance pas, jamais j’attrape la carriole
Je cours mais je reste à la même place
Je suis mal je me sens pas bien j’ai peur
D’autant pluss qu’un gros chien épouffroyable
Un gros chiendent me poursuite
J’a une peur atroxe une peur affreude !
J’a tant tellement peur que mes chevaux se dressent
Se dressent sur ma tête
Et pour me sauver je saute sur mon encéphale
Et je cours à toute vitesse je fais de l’équation
Sur mon alzèbre
Je cours je file je me mets à voler
Je vole je plane
Avec mon manteau plein de poches d’air
Je vole je monte je suis violancé dans le ciel
Un ciel terriblifique
Un ciel d’orange avec des éclairs au chocolat
Un vrai démenciel…!
Et je monte encore plus haut jusque dans l’atrocephère !
Et là je suis tant tellement haut que j’a le prestige
Je suis déphrasé je me dégyroscope et je tombe
C’est la chute
La chute verte et oléagineuse je tombe je tombe
Dans une presse à épices je tombe
Dans un goinfre sans fond
Je m’abîme
Et je dixparais
Dans l’entonnoir fatal du fainéant final…!
Et quand je me réveille je suis dans un champ
Je suis bien il fait chaud
ET JE SUIS LÀ SOUS LE SOLEIL DE L'ANXIÉTÉ
EN TRAIN DE CUEILLIR DES ANGOISSES…
Alors la psycatalogne m’a dit :
-Bon si vous faites des couchemars comme celui-là
c’est passque vous êtes toujours tout seul
faut pas rester tout seul faut essayer de faire des choses
avec d’autres…
Et quand elle a voulu que je passe
Avec elle l’après-méditation en transe et en dentelle
Là j’a eu peur
Et encore pluss peur quand elle a dit qu’on ferait aussi
De la dynamite de krupp!
Alors là non j’a dit non et je m’a sauvé
Je suis quand même pas un anarcisse…!
SOL ALIAS SOLNAMBULE
EN MAI COMME EN DÉCEMBRE
EN AUTOMNE COMME EN ÉTÉ
SI TAMARA LE DIT !
SA RAISON D'ÉTAT,
LUI A COMMANDÉE
DANS UN SONGE D'ÉTÉ
MORT À LA LEVÉE DU JOUR.
***
Eun'fois j'ai cru que j’ me mariais
Par un matin d’amour et d’ Mai ;
Il l’tait Menuit quand j’ rêvais ça,
Il l’tait Menuit, et j’ pionçais d’bout,
Pour m’ gourer d’ la lance et d’ la boue
Dans l’encognur’ d’eun’ port’ cochère.
(Hein quell’ santé !) — Voui j’ me mariais
Par un matin d’amour et d’ Mai
N’avec eun’ jeuness’ qui m’aimait,
Qu’était pour moi tout seul ! ma chère !
Et ça s’ brassait à la campagne,
Loin des fortifs et loin d’ici,
Dans la salade et dans l’ persil,
Chez un bistrot qui f’sait ses magnes.
Gn’y avait eun’ tablée qu’était grande
Et su’ la nappe en damassé,
Du pain ! du vin ! des fleurs ! d’ la viande !
Bref, un gueul’ton à tout casser,
Et autour, des parents ! d’ la soce !
Des grouins d’ muffs ou d’ bons copains
Baba d’ me voir tourné rupin,
Contents tout d’ même d’êt’ à ma noce :
Ma colombe, selon l’usage,
Se les roulait dans la blancheur,
Et ses quinz’ berg’s et sa fraîcheur
F’saient rich’ment bien dans l’ paysage.
Je r’vois ses airs de tourterelle,
Ses joues pus bell’s que d’ la Montreuil
Et ses magnèr’s de m’ faire de l’œil
Comme eun’ personne naturelle,
Ses mirett’s bleues comme un beau jour,
Sa p’tit’ gueule en cœur framboisé
Et ses nichons gonflés d’amour,
Qu’étaient pas près d’êt’ épuisés,
Et moi qu’ j’ai l’air d’un vieux corbeau,
V’là qu’ j’étais comme un d’ la noblesse,
Fringué à neuf, pétant d’ jeunesse...
Ça peut pas s’ dir’ comm’ j’étais beau !
Je r’vois l’ décor... la tab’ servie
Ma femm’ ! la verdure et l’ ciel bleu,
Un rêv’ comm’ ça, vrai, nom de Dieu !
Ça d’vrait ben durer tout’ la vie.
(Car j’étais tell’ment convaincu
Que c’ que j’ raconte était vécu
Que j’ me rapp’lais pus, l’ diab’ m’emporte,
Que je l’ vivais sous eun’ grand porte ;
Et j’ me rapp’lais pas davantage,
Au cours de c’te fête azurée,
D’avoir avant mon « mariage »
Toujours moisi dans la purée.)
(Les vieux carcans qui jamais s’ plaint
Doiv’nt comm’ ça n’avoir des rêv’ries
Ousqu’y caval’nt dans des prairies
Comme au temps qu’y z’étaient poulains.)
V’nait l’ soir, lampions, festin nouveau,
Pis soûlé d’un bonheur immense
Chacun y allait d’ sa romance,
On gueulait comm’ des p’tits z’oiseaux !
Enfin s’am’nait l’heur’ la pus tendre
Après l’enlèv’ment en carriole,
La minute ousque l’ pus mariolle
Doit pas toujours savoir s’y prendre !
Dans eun’ carrée sourde et fleurie,
Dans l’ silence et la tapiss’rie,
Près d’un beau plumard à dentelles
Engageant à la... bagatelle,
J’ prenais « ma femme ! » et j’ la serrais
Pour l’ Enfin Seuls obligatoire
Comm’ dans l’ chromo excitatoire
Où deux poireaux se guign’nt de près...
Près ! ah ! si près d’ ma p’tit’ borgeoise
Que j’ crois que j’ flaire encor l’odeur
De giroflée ou de framboise
Qu’étaient les bouffées d’ sa pudeur.
J’y jasais : « Bonsoir ma Pensée,
Mon lilas tremblant, mon lilas !
Ma petite Moman rosée,
Te voilà, enfin ! Te voilà !
[« Comme j’ vas t’aimer tous les jours !
T’ es fraîch’.. t’ es mignonn’.. t’es jolie,
T’ as des joues comm’ des pomm’s d’api
Et des tétons en pomm’s d’amour.]
« Quand j’étais seul, quand j’étais nu,
Crevant, crevé, sans feu ni lieu,
Loufoque, à cran, tafeur, pouilleux,
Où étais-tu ? Que faisais-tu ?
« Ah ! que d’ chagrins, que d’ jours mauvais
Sans carl’, sans bécots, sans asile,
Que d’ goujats cruels, d’imbéciles,
Si tu savais, si tu savais...
« Mais à présent tout ça est loin...
Voici mon Cœur qui chante et pleure,
Viens-t’en vite au dodo, ma Fleur !... »
(Vrai c’est pas trop tôt qu’ j’aye un coin.)
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
« Ohé l’ poivrot là, l’ sans probloque ?
Vous feriez pas mieux d’ cravailler
Au lieur d’êt’ là à roupiller ?
Foutez-moi l’ camp ou... gar’ le bloc ! »
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Non tout’ ma vie j’ me rappell’rai
La gueul’ de cochon
malhonnête
Qui s’ permettait d’ m’interpeller
Pass’ que
j’y bouchais sa sonnette.
Alors, comm’ j’ le r’luquais d’ travers
Il a sorti trois revolvers,
Deux canifs et son trousseau d’ clefs !
Et y s’a foutu à gueuler :
— « Au s’cours, à moi ! à l’aid’ ! Moman !
On m’
ratiboise ! on m’ saigne, on m’ viole...
Gn’y pas d’ pet qu’y vienn’nt les z’agents,
Pus souvent qu’on verrait leur fiole ! »
Et moi qu’ j’allais p’têt’ arr’sauter
Et créer un beau
fait-divers...
Mal réveillé d’ mon Song’ d’Été
J’ me
suis ensauvé dans l’Hiver.
***
DANS LES PETITES DAMES EN FLEUR,
LES MEILLEURS ONGUENTS :
ON PREND LE REMÈDE
LÀ OÙ IL SE TROUVE,
PLACEBO OU PAS.
EFFECTIF,
TANT QUE
LES EFFETS
SE FONT SENTIR
DANS LE SENS
DU POIL.
