
PATIENCE, PATIENCE,
PATIENCE DANS L'AZUR !
CHAQUE ATOME DE SILENCE
EST LA CHANCE D'UN FRUIT MÛR !
J'imagine un Valéry cosmique qui aurait assisté en spectateur au déroulement de tous ces événements. Il aurait eu pour mission de signaler l'apparition des êtres nouveaux. Il aurait applaudi à la naissance des premiers atomes. Pour les premières cellules, il aurait composé une ode. À d'autres moments, l'inquiétude serait apparue sur son visage. Il y a eu des crises dans cette grande ascension cosmique. Certaines furent graves. Par instants tout semblait sérieusement compromis.
Mais l'univers est inventif. Il a toujours su sortir de la crise. En certains cas, il a dû revenir loin en arrière pour retrouver la voie.
Les progrès remarquables de la radio-astronomie et de la biologie moléculaire nous permettent de retracer les grandes étapes de l'évolution chimique entre les étoiles, et sur les planètes primitives.
Et finalement, sur les pas de Darwin, nous verrons se dresser devant nous le grand arbre des êtres vivants sur notre planète : l'évolution biologique nous amène des bactéries à l'apparition de l'intelligence humaine.
La voie de la complexité s'arrête-t-elle à l'être humain ? Nous n'avons aucune raison de l'affirmer. Le coeur du monde continue à battre à son rythme. Le "sens" est en marche. Déjà, peut-être sur d'autres planètes, d'autres étapes ont été franchies.
QUELLES MERVEILLES INOUÏES
PRÉPARE EN CHACUN DE NOUS
LA GESTATION COSMIQUE ?
L'HOMME EST NÉ DU PRIMATE.
QUI NAÎTRA DE L'HOMME ?
SHIVA, incarnation de l'éternelle énergie cosmique. Statuette de l'Inde méridionale , XIIe siècle après J-C.Dans sa main droite supérieure, il tient le tambourin, représentant la musique.
Dans sa main gauche supérieure, il tient une langue de feu.
Les gestes de ses autres mains traduisent l'équilibre éternel de la vie et de la mort.
J'espère que vous aimerez autant que moi ce Dialogue entre le narrateur et Bernard Mauprat, personnage principal, qui nous donne envie de lire l'histoire de sa vie jusqu'à la dernière ligne ... :
- Pardon, messieurs, nous dit-il; je vois bien que vous me trouvez un peu inégal; vous voyez peu de chose ; je suis un vieux rameau heureusement détaché d'un méchant tronc et transplanté dans la bonne terre, mais toujours noueux et rude, comme le houx sauvage de sa souche. J'ai eu encore bien de la peine avant d'en venir à l'état de douceur et de calme où vous me trouvez. Hélas ! je ferais, si je l'osais, un grand reproche à la Providence : c'est de m'avoir mesuré la vie aussi courte qu'aux autres humains. Quand, pour se transformer de loup en homme, il faut une lutte de quarante ou cinquante ans, il faudrait vivre cent ans par delà pour jouir de sa victoire. Mais à quoi cela pourrait-il me servir ? Ajouta-t-il avec un accent de tristesse. La fée qui m'a transformé n'est plus là pour jouir de son ouvrage. Bah ! il est bien temps d'en finir !
Puis il se tourna vers moi, et, me regardant, avec ses grands yeux noirs étrangement animés :
- Allons, petit jeune homme, je sais ce qui vous amène : vous êtes curieux de mon histoire. Venez près du feu, et soyez tranquille. Tout Mauprat que je suis, je ne vous mettrai pas en guise de bûche. Vous ne pouvez me faire un plus grand plaisir que de m'écouter. Votre ami vous dira pourtant que je ne parle pas facilement de moi ; je crains trop souvent d'avoir affaire à des sots ; mais j'ai entendu parler de vous, je sais votre caractère et votre profession : vous êtes observateur et narrateur, c'est-à-dire, excusez-moi, curieux et bavard.
Il se prit à rire, et je m'efforçai de rire aussi, tout en commençant à craindre qu'il ne se moquât de nous ; et, malgré, moi, je pensai au mauvais tours que son grand-père s'amusait à jouer aux curieux imprudents qui allaient le voir. Mais il mit amicalement son bras sous le mien, et, me faisant asseoir devant un bon feu, auprès d'une table chargée de tasses :
- Ne vous fâchez pas, me dit-il ; je ne peux pas, à mon âge, guérir de l'ironie héréditaire ; la mienne n'a rien de féroce. À parler sérieusement, je suis charmé de vous recevoir et de vous confier l'histoire de ma vie. Un homme aussi infortuné que je l'ai été mérite de trouver un historiographe fidèle, qui lave sa mémoire de tout reproche. Écoutez-moi donc et buvez du café.
Je lui en offris une tasse en silence ; il la refusa d'un geste et avec un sourire qui semblait dire :
" Cela est bon pour votre génération efféminée."
Puis il commença son récit en ces termes : [...]
