car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même
qui sont les plus difficiles à contenter en tout autre chose
n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont"
Descartes, Discours de la Méthode
SELON ME MYSELF AND I :
Avant de préciser ce qu’on entend par la Raison, il faut reconnaître que, dès l’Antiquité, les précurseurs du rationalisme du XVIIe siècle, tels que Socrate, Platon et Aristote,
constatèrent non seulement la pluralité des croyances humaines mais aussi qu’elles ne correspondaient pas nécessairement à la réalité des choses. En somme, ils convinrent que l’Homme, en tant
qu’être pensant et parlant, s’efforce de déchiffrer le sens de l’univers complexe auquel il participe en se représentant les divers aspects de la réalité. Or, cela implique que chaque société
construit ses propres modes de pensées et que les membres qui la composent règlent leur conduite en fonction de ceux-ci. Par conséquent, leurs comportements sont susceptibles de se modifier à
mesure que les superstitions et les connaissances sur lesquelles se fondent leurs sociétés d’appartenance évoluent ; de là découle l’étonnante richesse culturelle de
l’humanité.
En outre, ce constat les mena à poser que toutes formes de connaissance exigent des lois universelles, non tirées de l’expérience mais de la Raison. De sorte que pour ces rationalistes Grecs,
l’esprit humain peut parvenir à découvrir le fond des choses et de lui-même car il possède cette « Faculté » qui lui permet de penser sa pensée et d’articuler ses idées dans un discours
qui se veut cohérent : la Raison. Autrement dit, ils soutinrent que « la réalité du monde est connaissable par une pensée réglée, non subjective, du moins dans les limites imposées par
le hasard ou par le destin. À partir de cette thèse commune, ces philosophes rationalistes pensèrent et élaborèrent des théories de la connaissance qui prétendaient déterminer ce qui est vertueux
et ce qui ne l’est pas.
L’idéologie de ces Anciens Grecs inspira un des plus grands penseurs rationalistes du XVIIe siècle, René Descartes (1596- 1650), qui inspirera à son tour Spinoza
(1632-1677). En effet, Descartes se rallia à leur conception selon laquelle les êtres humains sont dotés également de par la nature de la Raison – faculté permettant
de distinguer le vrai du faux - et que la grande variété de leurs jugements provient de ce que chacun dispose de son intelligence différemment et privilégie tel ou tel aspect de la réalité selon
son individualité propre. Autrement dit, il soutint que le degré de bon sens de chacun varie pour des causes accidentelles et, par conséquent, n’importe qui est en mesure d’accéder à la
connaissance de la vérité à la condition qu’il appuie sa réflexion sur une méthode rigoureusement définie. Ce qui caractérisa avant tout la pensée de Descartes fut son souci de libérer la
réflexion scientifique et philosophique de toute autorité religieuse ou politique, sans toutefois nier l’existence de Dieu.
C’est justement cette attitude de détachement par rapport aux croyances et aux connaissances admises comme indéniables par les élites de son ère qui lui confèrera le statut de pionnier de la
pensée moderne. Cette perplexité provient de ce que Descartes vécut une époque marquée par un dogmatisme religieux et politique profondément hostile envers toute production intellectuelle
remettant en question les croyances autant scientifiques, idéologiques que religieuses. De toute évidence, les avancées de l’esprit gênaient et menaçaient l’Église et, par le fait même, les
gouvernants, dont la légitimité reposait sur le droit divin. Malgré cette forte répression, quelques audacieux esprits osèrent ouvrir la voie vers le savoir en faisant des découvertes qui
révolutionnèrent la conception que porte les sociétés occidentales sur le Monde.
Parmi eux, se trouvait le célèbre physicien et astronome italien dénommé Galilée (1564-1642). Ce dernier se servit des mathématiques pour théoriser certaines lois essentielles à la compréhension
de la cosmologie et du monde naturel en général. En mesurant les phénomènes naturels à l’aide des mathématiques et en les observant avec certains instruments, Galilée confirma l’hypothèse de
Copernic concernant l’héliocentrisme, voulant que la Terre ne soit pas le centre de l’Univers. Devant cet exploit intellectuel, les autorités furent ce qu’elles savaient le mieux faire
alors : favoriser leurs intérêts personnels au détriment du progrès de l’esprit humain et cela en empêchant Galilée de partager avec ses contemporains les résultats de ses
recherches.
Sur le plan moral, il affirma qu’« il suffit de bien penser pour bien faire. Le système cartésien est, dans son intégralité, imprégné par la foi en l’effort de recherche et en le potentiel de la pensée calculatrice qui, graduellement, permettent à l’Homme de maîtriser la Nature afin de l’adapter à ses besoins.
ÉGARÉE POUR TOUTE LA VIE :
MAIS, DANS UN ÉCLAIR DE GÉNIE,
UNE IDÉE M'EST APPARUE,
ET M'A ENTOURÉE
DANS TOUTE SA
RÉCONFORTANTE
SPLENDEUR :
ON NE PEUT
S'ÊTRE PERDUE
SANS S'ÊTRE
AU PRÉALABLE
TROUVÉE.
OUI !? NON !? PEUT-ÊTRE !?
ON NE PEUT
SE RETROUVER
SI ON NE S'EST
MÊME JAMAIS TROUVÉE.
OUI !? NON !? PEUT-ÊTRE !?
ET PUIS, ET PUIS,
JE NE RISQUE PAS
DE ME PERDRE
DE SITÔT
ÉTANT DONNÉ
QUE JE NE CHERCHE
AUCUN CHEMIN PRÉCIS;
ÉTANT DONNÉ
QUE JE NE CHERCHE
PAS À ME TROUVER;
ÉTANT DONNÉ
QUE JE NE
CHERCHE PAS
À TROUVER
MON CHEMIN :
SI CHEMIN
IL Y A
NI À RETROUVER
MON CHEMIN :
SI CHEMIN
IL Y AVAIT.

ERNST LUDWIG KIRCHNER, 1880-1938,
PLUS JE M’ATTARDE À MES IDÉES,
PLUS ELLES ME PARAISSENT ATTARDÉES.
ET PLUS JE M’ATTARDE
À METTRE MES IDÉES À JOUR :
PLUS JE PRENDS DU RETARD
SUR MES IDÉES DU JOUR...
