.
Quand les éléphants meurent
Arrivera-t-il à destination
avant la Fin des éléphants ?
Possible, mais,
quand le temps est contre soi
Il est probable de se mettre
à courir à contre-temps.
Plus on court à contre-temps,
plus on s'essoufle.
Plus on s'essouffle,
plus souvent on reprend son souffle.
Plus on reprend son souffle,
plus on se retarde.
Plus on se retarde,
plus le temps est contre soi.
Plus le temps est contre soi,
plus on court à contre-temps.
Plus on court à contre-temps,
plus on s'essousffle.
Plus on s'essoufle, plus souvent on re...
et ainsi de suite.
Et puis,
plus on fait la course aux mauvais rêves,
plus ils prennent de l'avance.
Plus les mauvais rêves prennent de l'avance,
plus le temps est indigeste.
Plus le temps est indigeste,
plus le rêveur s'empoisonne de ses rêves.
Plus le rêveur s'empoisonne,
plus les mauvais rêves,
les hallucinations,
prennent de l'avance sur le rêveur.
Plus les mauvais rêves
prennent de l'avance sur le rêveur,
plus il fait la course à ses hallucinations.
Et plus, il fait la course à ses hallucinations,
plus il court à contre-soi.
Plus il court à contre-soi,
plus il court à contre-temps.
Plus il court à contre-temps,
plus il s'essoufle.
Plus il s'essouffle,
plus souvent il reprend son souffle.
C'est l'éternel Essouflement.
Il en a son voyage !...
mais il continue de courir.
Il aimerait bien arriver à destination.
Mais, il a du mal à trouver
le cimetière où on a
enterré ses bons amis.
Tu vas y arriver,
mon frero,
mais ne cours pas si vite.
Notre mémoire,
comme celle des éléphants,
a besoin parfois de bien du temps
pour retrouver des frères, des soeurs, disparus.
Rien ne sert de courir, si le temps,
n'est pas venu de retrouver
la mémoire.
______________________________________
LE VOYAGEUR
Il court, il court, il n'arrivera jamais.
Le train était parti, le bateau coulé, l'avion n'était qu'une
ombre en croix sur les champs de blé.
Il marche, il marche, lundi, mardi, mercredi et toute la
semaine. Ah ! l'auberge peut-être s'envolera.
Mais il y a cette horloge immobile éternellement, qui regarde
le temps d'un oeil mécanique.
Il court, il court, vers l'horloge phosphorescente de la gare.
Mais il y a cette rue qui se termine stupidement en plein ciel.
Tout l'espace s'ouvre, l'oeil tourne et lit sans jamais s'arrêter :
gare, le train va partir... gare, le train va partir, gare...
Assez ! assez ! Les saisons tournent, les années passent,
les fleuves coulent, la terre est trop petite, le jour et la nuit
occupent le même espace par on ne sait quelle sortilège quand
on aperçoit tout à coup la lampe surgie de ce cauchemar.
Sa lueur seule éclaire l'étendue pendant que le jour et la nuit
se partagent les pôles.
Il court, il court, il n'arrivera jamais.
La terre tourne en sens inverse. Il est un chien dans une
rous de foire. Il est un clown sur une boule au milieu du
bazar, pendant que la bagarre déferle sur la ville.
Non, ce n'est pas si grave, il marche seulement. On a cru
qu'il courait parce qu'il est vieux et qu'il tremble.
Exténué, ce n'est pas le mot, écrabouillé sous le talon d'un
archange : voilà la vérité.
Pendant que l'aube se lève enfin, et que les mares fument
attisées par le vent du sud, il s'arrête, plein de la nausée du
vol des vautours voraces, en équilibre sur le bout du monde
et trempant un orteil dans la merde.
Il est arrivé, mais il ne sait où. Bien sûr,
c'est un cimetière d'éléphants et pour la première
fois le soleil se lève à l'ouest.
Il n'a qu'un mot plat pour décrire ce spectacle
- zut alors, dit-il, alors, ça serait-y
que le soleil
est gauche !
Théâtre en plen air, GILLES HÉNAULT
Arrivera-t-il à destination
avant la Fin des éléphants ?
Possible, mais,
quand le temps est contre soi
Il est probable de se mettre
à courir à contre-temps.
Plus on court à contre-temps,
plus on s'essoufle.
Plus on s'essouffle,
plus souvent on reprend son souffle.
Plus on reprend son souffle,
plus on se retarde.
Plus on se retarde,
plus le temps est contre soi.
Plus le temps est contre soi,
plus on court à contre-temps.
Plus on court à contre-temps,
plus on s'essousffle.
Plus on s'essoufle, plus souvent on re...
et ainsi de suite.
Et puis,
plus on fait la course aux mauvais rêves,
plus ils prennent de l'avance.
Plus les mauvais rêves prennent de l'avance,
plus le temps est indigeste.
Plus le temps est indigeste,
plus le rêveur s'empoisonne de ses rêves.
Plus le rêveur s'empoisonne,
plus les mauvais rêves,
les hallucinations,
prennent de l'avance sur le rêveur.
Plus les mauvais rêves
prennent de l'avance sur le rêveur,
plus il fait la course à ses hallucinations.
Et plus, il fait la course à ses hallucinations,
plus il court à contre-soi.
Plus il court à contre-soi,
plus il court à contre-temps.
Plus il court à contre-temps,
plus il s'essoufle.
Plus il s'essouffle,
plus souvent il reprend son souffle.
C'est l'éternel Essouflement.
Il en a son voyage !...
mais il continue de courir.
Il aimerait bien arriver à destination.
Mais, il a du mal à trouver
le cimetière où on a
enterré ses bons amis.
Tu vas y arriver,
mon frero,
mais ne cours pas si vite.
Notre mémoire,
comme celle des éléphants,
a besoin parfois de bien du temps
pour retrouver des frères, des soeurs, disparus.
Rien ne sert de courir, si le temps,
n'est pas venu de retrouver
la mémoire.
______________________________________
LE VOYAGEUR
Il court, il court, il n'arrivera jamais.
Le train était parti, le bateau coulé, l'avion n'était qu'une
ombre en croix sur les champs de blé.
Il marche, il marche, lundi, mardi, mercredi et toute la
semaine. Ah ! l'auberge peut-être s'envolera.
Mais il y a cette horloge immobile éternellement, qui regarde
le temps d'un oeil mécanique.
Il court, il court, vers l'horloge phosphorescente de la gare.
Mais il y a cette rue qui se termine stupidement en plein ciel.
Tout l'espace s'ouvre, l'oeil tourne et lit sans jamais s'arrêter :
gare, le train va partir... gare, le train va partir, gare...
Assez ! assez ! Les saisons tournent, les années passent,
les fleuves coulent, la terre est trop petite, le jour et la nuit
occupent le même espace par on ne sait quelle sortilège quand
on aperçoit tout à coup la lampe surgie de ce cauchemar.
Sa lueur seule éclaire l'étendue pendant que le jour et la nuit
se partagent les pôles.
Il court, il court, il n'arrivera jamais.
La terre tourne en sens inverse. Il est un chien dans une
rous de foire. Il est un clown sur une boule au milieu du
bazar, pendant que la bagarre déferle sur la ville.
Non, ce n'est pas si grave, il marche seulement. On a cru
qu'il courait parce qu'il est vieux et qu'il tremble.
Exténué, ce n'est pas le mot, écrabouillé sous le talon d'un
archange : voilà la vérité.
Pendant que l'aube se lève enfin, et que les mares fument
attisées par le vent du sud, il s'arrête, plein de la nausée du
vol des vautours voraces, en équilibre sur le bout du monde
et trempant un orteil dans la merde.
Il est arrivé, mais il ne sait où. Bien sûr,
c'est un cimetière d'éléphants et pour la première
fois le soleil se lève à l'ouest.
Il n'a qu'un mot plat pour décrire ce spectacle
- zut alors, dit-il, alors, ça serait-y
que le soleil
est gauche !
Théâtre en plen air, GILLES HÉNAULT
par Tamara
publié dans :
Carnets d'exil
Torture never stops
Cosmik Debris
par Tamara
publié dans :
Viva La Revolucion !

"La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit"
"Il y a de l'horreur sacré sous les porches de l'énigme; ces ouvertures sont là béantes, mais quelque chose vous dit, à vous passant de la vie, qu'on entre pas. Malheur à qui y pénètre! ..." 