Vendredi 7 novembre 2008 5 07 11 2008 01:50
Toumani Diabaté et Ballake Sissoko




Par Tamara - Publié dans : La poésie en chanson
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Dimanche 2 novembre 2008 7 02 11 2008 15:35

QUINO


De mauvais goût, la parole est très mauvais maître.


Problèmes de la vie quotidienne, Louange Lagrande, 9 ans et des poussières.


Vendredi, 31 octobre 2008, 7h30.


Aujourd'hui halloween et aucun costume à me mettre. Des tas d'idées de costume, et pas un rond. Quand on a pas les moyens de ses idées, aussi bien avoir des moyens que des idées. J'ai, malgré tout, des costumes plein la tête, et pas de moyens. De vrais despotes, quand ils vous assaillent, ces petits désirs de rien du tout, mais qui font toute la différence, une fois réalisés.


J'aurais pu demander à Marcel, père de par la force des choses, hier au souper, quelques dollars pour m'acheter un costume mais je savais qu'il me lancerait à la gueule comme on lance un poing, ces paroles : - Ne m'ennuie pas avec tes histoires de déguisement, je n'ai ni la tête ni l'humeur à la fête.  Je le comprends tout de même. Moi aussi, si j'avais l'air d'un mort vivant, je voudrais pas entendre parler de la fête des morts. Pas assez d'avoir l'air d'un moribond, faudrait en plus se souhaiter une joyeuse halloween. Je le laisse donc tranquille à ses affaires et je m'occupe des miennes, les nerfs en compote.  


En attendant, je pars pour l'école. Je trouverai bien une bonne âme qui me trouvera un costume à me mettre sur le dos. Il n'y a pas que des mauvais adultes. Certains sont si bons avec nous qu'ils annulent les mauvais traitements que nous font subir les moins bons. Je trouverai bien quelque chose avant ce soir. Je demanderai à mon enseignante favorite. Claudine. Un vrai cœur. Toujours là pour me réconforter et me soutenir quand j'en ai besoin. Elle est comme une grande sœur aimante. Elle est mon Unicef. Mon organisme de charité, délais de traitement des demandes et frais, en moins.


17h00.


Mon père arrive bientôt du travail. Je vais manger tout de suite et partir avant qu'il arrive. Je lui ai écrit une note, l'informant que je reviens vers 20h00 de ma collecte de friandises. Je suis certaine qu'il va être content, cet animal, de ne pas m'avoir dans ses pattes. Je vais vite aller rejoindre Suzie et Sushi, son chiwawa. Elle a accepté de m'accompagner de par les rues. Claudine m'a, vite fait, bien fait, dégoté un déguisement d'halloween. Grâce à son bon sens, je me suis payée du bon temps à fouiller dans les vêtements de la troupe de théâtre de l'école. C'était le bon temps d'en profiter, ça arrive rien qu'une fois pas année, ohé ! Pendant que je me déguisais, finalement, en un mousquetaire, cette chère Claudine, me faisait promettre de prendre bien soin de mon emprunt. De ne pas lui remettre tout abîmé. Je lui ai promis en lui lançant, dans un élan d'enthousiasme : - Un pour tous et tous pour moi (en parlant des bonbons). Mais non, voyons ! j'ai le sens du partage. Comme nous tous, enfant de la patrie, j'ai le courage, en partage.


Samedi, 1er novembre 2008, 15h00.


J'aime à venir jouer, dans ce parc, où vit, avec son chien, Suzie, jeune femme sans-abri et bonne amie. Elle est sur mon chemin, depuis la rentrée. Elle est sur mon chemin des classes. Presque chaque jour, je la rencontre sur mon chemin, soit en allant à l'école, soit en revenant à la maison, ou les deux. Chose étrange : il n'est pas du tout galeux, son chien. On voit qu'elle tient à lui comme à la prunelle de ses yeux. Elle est jeune Suzie, début vingtaine. Lorsque je lui ai dit qu'elle était très jolie, elle m'a répondu, de son air sérieux et narquois : - Rien ne sert d'être jolie, il faut le charme. Ce n'est pas de moi, mais de Sarah Bernhardt, qu'elle me dit, en riant. Elle devait être bien charmante cette Sarah, car sa citation venant de la bouche de Suzie, dans ce contexte précis, m'a fait rire aux larmes. Me voyant pleurer de rire, Suzie en a profité pour me dire : - On dit après, que lorsqu'on rit, on ne pleure pas. Comme on en dit des choses... des choses et d'autres.


J'ai trouvé ça, bien rigolo, mais cette fois, j'ai vu dans ses yeux que cette pensée la rendait triste, bien triste. Elle est un sac à citations vivant. J'aime bien lorsqu'elle me lance des citations comme ça à tout moment, sans rime ni raison, pour m'amuser ou me faire comprendre des choses tout en douceur. J'ai besoin de sa bonne humeur et de sa frivolité. Elle le sait et cela l'a rend encore plus de bonne humeur. Elle a besoin de s'occuper de quelqu'un qu'elle aime et je suis ce quelqu'un. Elle est ma famille. Je suis la sienne.  


Un peu comme le ferait une mère, elle me pose des tas questions sur la façon dont je me porte. Mais elle ne me parle jamais de comment elle se sent. Je sais qu'elle ne veut pas que je m'inquiète à son sujet, donc elle ne dit rien. Je m'inquiète tout de même mais je ne lui dis pas. Mais, bon ! pour le moment, je ne pense qu'à faire le tri dans les bonbons amassés hier au soir et à les manger, en fière gloutonne. Il y a des moments où la parole est très mauvais maître, car de mauvais goût. Je profite de cet adage de mon cru pour me sucrer le bec, sans arrières-paroles de mauvais goût, près de Suzie, qui me z' yeute avec bonté et charme.



Par Tamara - Publié dans : LouangeLagrande
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